Dans la formation intellectuelle de Jean-Jacques Rousseau, dans les arts libéraux et l’histoire, depuis son enfance jusqu’aux années autour de 1740, deux personnes se distinguent comme ses plus dévoués tuteurs : son père, jusqu’à ses dix ans, et la baronne Françoise-Louise de Warens, à qui il fut présenté par le curé de Confignon en 1728. Celle-ci collaborait alors avec le prêtre pour guider les personnes désireuses de se convertir au catholicisme. Elle devint sa tutrice, le conseilla et le soutint dans son parcours existentiel en le mettant en contact avec des musiciens et des philosophes de la sphère française. Elle fit aussi de lui l’un de ses amants les plus aimés, tout en devenant sa muse.
Durant cette période, Rousseau acquit une grande éloquence, maîtrisa la rhétorique, la versification et l’écriture musicale. Il rédigea des essais en science et en poésie, et se lia d’amitié avec plusieurs membres de l’Académie royale de musique et de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Il commença également à participer à des réunions de lettrés dans les salons littéraires. C’est dans ce contexte qu’il se lia d’amitié avec Denis Diderot et rédigea des articles sur la musique et l’économie politique dans l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers — un document décrivant l’état du savoir occidental, surtout français. Ce document devint une plateforme de lancement pour les puissantes idées philosophiques que Rousseau allait développer à propos de la gouvernance sociopolitique, de l’éducation et, indirectement, sur l’art de la composition musicale dans la tradition classique.
Le noyau dur des idées de Rousseau sur les anomalies et les perspectives de redressement de la superstructure socio-politique et éducative — d’une société régie par un pouvoir gouvernant sur ses gouvernés, en France alors caractérisé par la monarchie de droit divin — s’exprime dans un corpus cohérent de textes antérieurs à la Révolution française : Discours sur les sciences et les arts (1750), Discours sur l’origine de l’inégalité (1755), Discours sur l’économie politique (1755), Du contrat social (1762) et Émile ou De l’éducation (1762). Parmi les axiomes qui guident ses réflexions figurent ceux-ci : l’être humain naît bon et libre, mais la société politique l’enchaîne par ses classes sociales, ses institutions et ses systèmes d’éducation.
