Evan Pivnick, directeur adjoint des affaires publiques chez Clean Energy Canada, estime que le potentiel éolien dans le Nord est très important mais des défis logistiques demeurent.
Pour Evan Pivnick, directeur adjoint des affaires publiques chez Clean Energy Canada, l’avenir de l’énergie éolienne dans le Nord passe toutefois par des projets adaptés aux réalités locales, capables de réduire la dépendance au diésel et de renforcer l’autonomie énergétique des communautés. De plus en plus portés par les Premières Nations, ces projets deviennent aussi des leviers de développement économique, de formation et de souveraineté communautaire.
Quel est le potentiel des trois territoires ?
Evan Pivnick : Je pense qu’il y a une différence très importante entre le potentiel technique et le potentiel économique. Du point de vue du potentiel technique, il y a d’incroyables ressources éoliennes dans les Territoires du Nord-Ouest et au Yukon, qui, selon moi, peuvent tout à fait être exploitées. Le défi réside vraiment dans l’aspect économique. Et cela va de la météo aux besoins très spécifiques des éoliennes. Elles doivent pouvoir résister au givrage et aux températures encore plus froides. À cela s’ajoute la capacité à assurer la maintenance, notamment la disponibilité de main-d’œuvre technique dans les communautés pour entretenir ces installations de manière plus régulière. Le deuxième point concerne les infrastructures. Cela va de la capacité à mettre en place des interconnexions reliant les projets aux couts associés à celles-ci. Et puis, il y a la logistique. Je pense au projet éolien d’Inuvik qui est très ambitieux : les pales des éoliennes ont constitué la plus lourde charge jamais transportée sur une route de glace. La capacité d’acheminement de ces éléments vers les communautés constitue en soi un obstacle en termes de logistique et de transport. Le potentiel est donc énorme, et je pense que l’intérêt est plus grand que jamais, car les couts de l’énergie éolienne continuent de baisser partout dans le monde.
Pensez-vous que l’énergie éolienne puisse constituer l’une des solutions pour alimenter les petites communautés ?
Oui, je pense que l’énergie éolienne offre une opportunité très importante dans ce domaine. La baisse des prix et le rôle du stockage d’énergie par les batteries sont des éléments à suivre de près, car cela aidera à relever les défis liés à l’intermittence et permettra une utilisation plus poussée et plus efficace, au moins à court terme, des ressources éoliennes. La solution élégante ici consiste à ne pas laisser la quête du parfait devenir l’ennemie du bien lorsqu’il s’agit de l’éolien. Ce type d’énergie fait partie d’un mix énergétique susceptible de réduire la consommation de diésel dans de nombreuses communautés hors réseau. Et même s’il ne couvre qu’un quart des besoins et ne fonctionne qu’une partie du temps au sein de ce mix, cela contribue à renforcer la sécurité énergétique et à réduire les couts pour la communauté où il est implanté.
Au Yukon, le projet Haeckel Hill – Thay Tai est détenu à 100 % par la Première Nation Kwanlin Dün. Comment percevez-vous ce projet mené par la communauté, en collaboration avec l’organisme North Capital ?
La collaboration est essentielle, car aucun projet imposé à une communauté ne peut être couronné de succès. On observe actuellement partout au Canada une évolution : les projets d’énergie renouvelable de toutes sortes sont de plus en plus souvent détenus majoritairement, voire entièrement, par les Premières Nations, ce qui constitue une avancée extrêmement bénéfique pour leur communauté. Et cela va bien au-delà de la simple sécurité énergétique ou des économies réalisées. Cela concerne souvent aussi l’emploi ou la formation. Cela offre aux membres de ces communautés la possibilité d’acquérir les compétences nécessaires, avec le soutien de l’industrie, pour assurer l’entretien et la maintenance. Cela finit donc par constituer un atout intégré à la communauté qui apporte une valeur ajoutée bien au-delà de la simple fourniture d’électricité. Je pense qu’il existe des opportunités similaires pour les communautés non autochtones non raccordées au réseau, qui peuvent s’inspirer de modèles similaires. Pour aider à surmonter certains des obstacles économiques, les Premières Nations peuvent également accéder à des subventions fédérales par le biais des crédits prévus par la Loi sur l’investissement dans l’électricité propre. Cela contribue donc à réduire encore davantage le cout de ce projet. Et s’il y a un surcout dans le Nord en raison des défis logistiques et de la technologie unique requise, chaque petit soutien financier aide vraiment à faire la différence.
