Plus de 400 personnes se sont rassemblées, le 28 avril 2026, devant le palais de justice de Whitehorse pour protester contre le verdict rendu par la Cour suprême du Yukon. Seth Boss est accusé d’avoir tué Anthony Primozic à Haines Junction en mars 2022, mais il a été reconnu non coupable de meurtre au second degré.
C’est cette décision rendue par Suzanne Duncan, juge de la Cour suprême du Yukon, le 21 avril 2026 qui est aujourd’hui contestée par la famille de la victime. Plusieurs centaines de personnes des Premières Nations Champagne et Aishihik, Na–Cho Nyäk Dun et Liard avaient fait le déplacement jusqu’à la capitale pour exprimer leur indignation.
Un verdict critiqué
Suzanne Duncan a déclaré Seth Boss, autochtone du nord de la Colombie-Britannique, non coupable de meurtre au deuxième degré dans l’affaire du décès d’Anthony Primozic, membre des Premières Nations Champagne et Aishihik, et l’a condamné pour homicide involontaire.
La juge en chef Duncan a estimé que l’accusation n’avait pas réussi à prouver hors de tout doute raisonnable que Seth Boss avait l’intention de tuer, élément essentiel requis pour une condamnation pour meurtre. Bien que Seth Boss ait reconnu avoir causé la mort d’Anthony Primozic, la cour a estimé que les preuves n’établissaient pas l’intention requise.
Or la violence et le nombre effarant de coups, 111, portés à la victime, ne peuvent pas induire le doute sur l’intention de l’auteur, selon Matsʼäsä̀na Mą Primozic, sœur de la victime. Lors de la manifestation, la foule a compté lentement jusqu’à 111, chiffre qui est apparu sur les nombreuses pancartes portées par les manifestants.
L’une des pancartes portait la mention «Pas de rapport Gladue en cas de meurtre.» Cette procédure permet l’émission de ce document juridique, utilisé par les juges pour les aider à rendre des décisions plus justes lorsqu’une personne autochtone est condamnée pour une infraction criminelle.
Demander la justice
La famille de la victime et les manifestants ont réclamé que justice soit faite dans cette affaire et que le système de justice du Yukon soit modifié. « Acquitté mais pas innocent », « Protégez nos familles, pas leurs tueurs », « La justice a échoué » étaient quelques-uns des nombreux messages inscrits sur les affiches.
L’une des pancartes portait la mention «Pas de rapport Gladue en cas de meurtre ». Étant autochtone, Seth Boss a le droit de bénéficier de cette procédure qui permet l’émission de ce document juridique, utilisé par les juges pour les aider à rendre des décisions plus justes lorsqu’une personne autochtone est condamnée pour une infraction criminelle. Au Canada, toutes les personnes qui s’identifient comme Autochtones, qu’elles soient membres des Premières Nations, Métis ou Inuits, peuvent en bénéficier.
Dans une déclaration adressée à Médias ténois le 29 mai 2026, Doris Leblond, greffière à la Cour, a indiqué que “ la défense demandera un rapport Gladue en vue de la détermination de la peine.”
Ce rapport ne sera pas accessible au public, sauf si une décision du juge, en charge de la détermination de la peine, en décide autrement.
Par ailleurs, un article publié en mars 2019 dans la revue Érudit et intitulé « Les rapports Gladue, une expérience concluante ? » remet en question l’utilité et la portée de cette procédure. Les autrices, Marie-Eve Sylvestre et Marie-Andrée Denis-Boileau, respectivement professeure et titulaire de la Chaire de recherche sur le droit, les politiques pénales et la régulation des personnes marginalisées de l’Université d’Ottawa, estiment même que le bilan est plutôt mitigé. En effet, si plusieurs juges se plaignent ouvertement de la difficulté d’obtenir un rapport Gladue, d’autres se questionnent sérieusement sur leur qualité.
Malgré l’enthousiasme suscité au départ par les arrêts Gladue, force est d’admettre que nous sommes encore loin d’atteindre les objectifs qui avaient été fixés, admettent-elles.
« Ce constat ne doit cependant pas être vu comme une impasse, mais comme une occasion de prendre conscience qu’il faut s’attaquer au problème différemment, de concert avec les peuples autochtones », peut-on lire en conclusion du document.
La violence envers notre peuple ne sera pas tolérée.
Les manifestants se sont rassemblés, le 28 avril 2026, devant le palais de justice de Whitehorse.
Réformer le système judiciaire
Le 27 avril 2026, Barb Joe, cheffe des Premières Nations Champagne et Aishihik a banni de façon permanente l’accusé de ces communautés. Par ailleurs, elle a indiqué que le Conseil continuerait de plaider en faveur de l’amélioration du système de justice pénale afin de lutter contre le racisme institutionnel et de promouvoir la décolonisation du droit dans le respect de l’autonomie gouvernementale.
« La violence envers notre peuple ne sera pas tolérée », a-t-elle conclu.
