Le gouvernement fédéral a annoncé, le 19 février, la prolongation du financement de l’initiative « Les enfants inuits d’abord », un programme destiné à éviter que des enfants inuits soient privés de services de santé, sociaux ou éducatifs en raison de blocages administratifs, notamment dans les régions éloignées.
Si cette annonce vise à apporter une certaine stabilité, elle est accueillie avec prudence aux Territoires du Nord-Ouest. La ministre de l’Éducation, de la Culture et de la Formation, Caitlin Cleveland, estime que la mesure n’offre qu’une certitude à court terme et ne se traduit pas par une amélioration concrète de l’accès aux services dans les écoles et les collectivités du Nord.
Reconnaissance prudente
Mme Cleveland reconnait que l’annonce « est encourageante », y voyant la preuve que « le gouvernement fédéral comprend l’importance de ces mesures de soutien pour les enfants et les familles inuits ». Elle ajoute qu’« une plus grande certitude à court terme est préférable à une situation où les familles, les éducateurs et les prestataires de services sont laissés dans l’incertitude ».
Des limites persistantes
La ministre Cleveland souligne, toutefois, que cette certitude ne s’étend ni au principe de Jordan ni à l’application concrète des programmes dans les Territoires du Nord-Ouest. « Rien n’indique que les lignes directrices de l’initiative Les enfants inuits d’abord ou du principe de Jordan ont été modifiées de manière à améliorer l’accès à ces programmes aux Territoires du Nord-Ouest », affirme-t-elle, précisant qu’il est peu probable que cette annonce « représente un répit pour les organismes scolaires ou les prestataires de services de première ligne ».
La ministre rappelle que, dans le Nord, ces programmes sont essentiels. « Dans le Nord, le principe de Jordan et l’initiative Les enfants inuits d’abord n’ont jamais été considérés comme des “bonus” », écrit-elle. Ils servent à combler « des lacunes de longue date dans l’offre de services » et à soutenir des élèves vivant dans « de petites collectivités isolées où les options sont limitées et où les mesures de soutien sont déjà rares et sollicitées au maximum ».
Les territoires à part
Caitlin Cleveland met également en avant un problème de gouvernance. « Les territoires ne sont pas des provinces », insiste-t-elle, soulignant que les programmes fédéraux sont largement conçus dans une logique fédérale-provinciale. Selon elle, « la nécessité d’un accord distinct avec les gouvernements territoriaux demeure » afin de refléter les réalités nordiques et d’assurer une mise en œuvre efficace.
Des effets concrets
Au-delà des principes, la ministre décrit des conséquences concrètes déjà visibles dans les écoles. Elle évoque « moins d’adultes pour soutenir les élèves ayant des besoins complexes », « moins de services disponibles dans les écoles » et « une pression supplémentaire sur les éducateurs », ce qui entraine « une baisse des résultats scolaires chez les élèves autochtones ».
Face à cette situation, le GTNO a dû intervenir en accordant « un financement territorial temporaire afin de stabiliser les mesures de soutien en classe pour l’année scolaire en cours et d’éviter un préjudice immédiat aux élèves ».
Cette mesure, précise-t-elle, « n’est pas viable à long terme » et « ne constitue pas une solution permanente ». Pour Caitlin Cleveland, les renouvèlements à court terme et les ajustements administratifs entretiennent un climat d’incertitude. « Les prolongations à court terme et les solutions temporaires ne suffisent pas », affirme-t-elle, plaidant pour « de la stabilité, de la prévisibilité et des approches à long terme ».
Le 19 février, à Kuujjuaq, la ministre fédérale des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty, avait annoncé la prolongation de l’initiative Les enfants inuits d’abord jusqu’en mars 2027, dans le cadre d’une série d’investissements visant l’Inuit Nunangat.
