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Mine Eagle Gold : un projet de vente sur fond de contamination persistante

Le 29 avril 2026, près de deux ans après l’accident de la mine Eagle Gold au Yukon, une nouvelle fuite d’eau contaminée a eu lieu sur le site. — Capture Google Earth
Le 29 avril 2026, près de deux ans après l’accident de la mine Eagle Gold au Yukon, une nouvelle fuite d’eau contaminée a eu lieu sur le site.
Capture Google Earth

Le gouvernement du Yukon a annoncé, le 28 avril 2026, que la mine Eagle Gold faisait l’objet d’un potentiel rachat par Boroo Pte. Ltd, compagnie implantée à Singapour.

Mine Eagle Gold : un projet de vente sur fond de contamination persistante
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C’est un communiqué de presse comme un autre que le gouvernement du Yukon (YG) a publié le 28 avril dernier. Pourtant, la nouvelle qui a été annoncée a suscité la surprise. En effet, YG a déclaré que, le 23 avril 2026, « le séquestre nommé par le tribunal, avec le consentement du gouvernement du Yukon, a conclu une entente d’exclusivité avec Boroo Pte. Ltd pour la vente de la mine Eagle Gold et de certains actifs connexes. »

YG assure être intervenu dans le processus de vente afin d’assurer la protection des intérêts de la population. « Il s’agissait notamment d’établir des critères pour que tout acheteur potentiel soit responsable et expérimenté et qu’il dispose de ressources suffisantes », peut-on lire dans le document. 

C’est aussi, et surtout un moyen pour YG de se faire rembourser. Comme le gouvernement a avancé des fonds au séquestre pour financer ses activités durant la période de mise sous séquestre et la remise en état du site minier, la vente de la mine Eagle Gold permettrait au gouvernement de récupérer les fonds avancés qui s’élèvent à 220 millions $. 

Boroo est une société holding d’investissement privé spécialisée dans l’exploitation, le développement et l’acquisition de sites miniers à l’échelle mondiale. Depuis 2018, la société a réalisé quatre acquisitions et se présente comme une compagnie dont « la réputation de spécialiste du redressement opérationnel permet aussi un développement minier responsable. »

« Notre équipe excelle là où d’autres voient des limites », a déclaré Dulguun Erdenebaatar, PDG de Boroo. « En combinant une expertise technique approfondie avec la souplesse financière nécessaire pour agir sur des actifs en difficulté ou sous-évalués, nous prouvons qu’une exploitation minière responsable et innovante peut dégager une immense valeur tant pour les actionnaires que pour les communautés d’accueil. Que ce soit dans les hautes Andes, dans la steppe mongole ou au Yukon, Boroo s’engage à être un opérateur de classe mondiale qui fait passer les projets au niveau supérieur. »

Une gestion du site inquiétante

Alors que Première Nation Na-Cho Nyäk Dun (NNDFN) n’a donné son accord à aucune vente ni à aucune remise en service de la mine et n’a conclu aucun accord avec aucune partie, elle confirme n’avoir pas été consultée lors de cette phase de discussion. Pour le moment, NNDFN ne se prononce ni en faveur ni contre la vente du site de la mine Eagle Gold à Boroo ou à tout autre soumissionnaire.

Dans une déclaration du 28 avril 2026, les lacunes dans la gestion des suites de l’accident sont mises en cause et NNDFN regrette que le gouvernement du Yukon n’ait pas agi en conséquence. « Face à une gestion inadéquate du site, à des déversements toxiques récurrents sur le site de la mine Eagle Gold, et à l’inaction du gouvernement du Yukon concernant toute mesure de responsabilisation ou de changement systémique visant l’industrie minière défaillante du territoire, l’approbation par le gouvernement du Yukon de l’accord d’exclusivité démontre sa volonté de rayer ce désastre historique de ses registres plutôt que de s’attaquer aux causes profondes. »

De plus, presque deux ans après l’accident catastrophique du 24 juin 2024, de sérieuses inquiétudes demeurent quant à la façon dont le site est géré. En effet, NNDFN a fait part de ses préoccupations sur les fuites d’eau contaminées qui continuent aujourd’hui de se produire. La plus récente date du 29 avril 2026 et est due à une défaillance du système de drainage des eaux souterraines qui n’a pas permis de gérer de manière adéquate l’augmentation des niveaux d’eau de fonte. 

« En raison de la proximité de cette pompe avec le ruisseau Haggart, le volume total des eaux de rejet contaminées et leurs niveaux de toxicité réels ne seront jamais connus avec précision », déplore NNDFN dans une déclaration du 4 mai 2026.

NDDFN dit n’avoir qu’une confiance limitée dans la gestion toujours inadéquate du site tandis que le séquestre n’a pas de plans à long terme pour la gestion de l’eau du site, la stabilisation des terrils ou des efforts plus larges de remise en état de l’environnement.

La Première Nation Na-Cho Nyäk Dun continue de plaider pour qu’une enquête publique transparente et exhaustive soit mise en place afin que les défaillances qui ont contribué à cet accident minier sans précédent puissent être comprises et qu’une réforme profonde de l’industrie minière du Yukon ait lieu.