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Le phoque annelé est l’une des espèces les plus communes de l’océan Arctique. Sa population est estimée aujourd’hui à environ 3 millions d’individus. Cependant, si le réchauffement climatique n’a pas les mêmes impacts sur les différentes espèces marines de l’océan Arctique, il s’avère que les populations de phoques annelés sont directement touchées par l’augmentation de la température de l’eau et la présence de contaminants.
Parue en février 2026, cette étude menée par une équipe de cinq chercheurs.euses de la Colombie-Britannique et du Labrador a mis en exergue la façon dont la santé de cette espèce se dégrade.
Augmentation du stress en concordance avec les températures
Des études ont déjà établi des liens entre les niveaux de pollution et les divers effets sur la santé des phoques annelés, y compris des troubles de la reproduction, des perturbations endocriniennes, des lésions osseuses, une diminution de la fonction immunitaire et une augmentation de l’incidence des tumeurs. Cependant, cette nouvelle étude démontre que les populations de phoques annelés subissent de plein fouet les effets néfastes des activités anthropiques.
En analysant des cellules du foie et le plasma du sang de 38 phoques prélevés le long de la côte nord du Labrador, de 2009 à 2011, les chercheurs ont découvert que la hausse des températures et la fonte de la banquise provoquent un stress nutritionnel chez ces mammifères. Parallèlement, l’exposition aux PCB (polychlorobiphényles présents entre autres dans les peintures et les lubrifiants) et à d’autres contaminants persistants perturbe leur métabolisme et génère un stress nocif. Les résultats soulignent que les mâles adultes accumulent davantage de toxines, tandis que les variations environnementales modifient radicalement l’équilibre énergétique de l’espèce.
D’après les auteurs, « cette étude a offert une occasion unique d’évaluer les effets des PCB sur la santé d’un pinnipède (ordre de mammifères aquatiques) vivant en liberté, cette classe de substances chimiques dominant les concentrations tissulaires par rapport aux autres polluants organiques persistants (POP). »
La présence de PCB combinée au réchauffement des eaux agit comme des facteurs de stress multiples qui affectent conjointement la santé physiologique des phoques annelés. L’augmentation des températures de surface de la mer et une diminution progressive de la couverture de glace provoquent un stress nutritionnel chez les phoques. Parallèlement au stress climatique, l’exposition à des contaminants entraine des perturbations chimiques importantes qui dégradent notamment le foie de l’animal.
« Chacune de ces pressions est grave en soi, mais, combinées, elles nuisent à la santé des phoques d’une manière désormais détectable au niveau moléculaire », expliquent les coautrices Anaïs Remili et Tanya Brown.
Cette situation est particulièrement préoccupante pour les jeunes phoques qui constituent leurs réserves de graisse et pour les femelles adultes qui allaitent leurs petits.
Une espèce sentinelle
Les phoques annelés occupent une place centrale dans la chaine alimentaire de l’Arctique, à la fois en tant que prédateurs et en tant que proies. En effet, ils se nourrissent de manière opportuniste de morue arctique, de capelan et de diverses espèces d’amphipodes. Cette position trophique les rend particulièrement vulnérables à la bioaccumulation de contaminants tout en faisant de cette espèce une sentinelle de la santé de l’écosystème. Au-delà de leur importance écologique, les phoques annelés revêtent une importance culturelle et nutritionnelle considérable pour les communautés inuites de l’Arctique.
« Par conséquent, la contamination de cette source alimentaire traditionnelle a des implications qui vont bien au-delà des préoccupations écologiques, englobant la sécurité alimentaire, la santé publique et la préservation culturelle, » peut-on lire dans l’étude.
La vulnérabilité de cette espèce met également en péril tout l’équilibre de la chaine alimentaire en Arctique, notamment les populations d’ours blancs déjà vulnérables avec la disparition inéluctable de la couverture de glace.
Les chercheurs rappellent qu’il est de plus en plus important de surveiller à l’avenir les phoques annelés le long de la côte du Labrador et dans l’ensemble de l’Arctique, car ils sont confrontés au double défi que représentent à la fois les effets persistants des sources locales de pollution et l’évolution rapide des conditions environnementales.
Plus d’infos
L’étude s’est concentrée sur les phoques annelés le long de la côte nord du Labrador, près de la baie de Saglek, un site au long passé industriel. Une ancienne station radar militaire en service depuis les années 1950 a laissé derrière elle une zone fortement contaminée par des PCB. De plus, entre 2009 et 2010, la mer du Labrador a connu des conditions hivernales inhabituellement chaudes, avec des températures de surface de la mer supérieures de 5 °C à 10 °C à la normale et un fort recul de la couverture de glace de mer. Cela a représenté un changement bref, mais marqué des conditions environnementales.
