le Lundi 22 juin 2026
le Lundi 22 juin 2026 7:56 Arctique

Qillaniq : à Ottawa, raconter l’Arctique à la première personne

Krystle Silverfox, Corbeau <lumineux>, 2024, cordons lumineux à DEL, dimensions variables. Avec l’autorisation de l’artiste © Krystle Silverfox — Photo : Michael Patten, avec l’autorisation de l’artiste
Krystle Silverfox, Corbeau , 2024, cordons lumineux à DEL, dimensions variables. Avec l’autorisation de l’artiste © Krystle Silverfox
Photo : Michael Patten, avec l’autorisation de l’artiste

Jusqu’au 20 septembre prochain, l'exposition inédite Qillaniq, entièrement consacrée aux artistes contemporains de l’Arctique circumpolaire, sera présentée au Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa. Au total, plus de 80 œuvres réalisées par plus de 70 artistes issu.e.s du Canada, du Groenland ou encore de la Scandinavie sont mises en lumière.

Qillaniq : à Ottawa, raconter l’Arctique à la première personne
00:00 00:00

Connexion Arctique est une collaboration de cinq médias francophones des territoires canadiens : les journaux L’AquilonL’Aurore boréale et Le Nunavoix, ainsi que les stations CFRT Fm et Radio Taïga.

Durant tout l’été, le musée des beaux-arts du Canada à Ottawa présente une exposition sur l’Arctique circumpolaire contemporain par des artistes issu.e.s du nord. Organisée par une équipe commissariale internationale entièrement autochtone de la région circumpolaire, l’exposition Qillaniq rejette les traditions institutionnelles rigides au profit d’une approche improvisée et multidisciplinaire qui rend hommage aux artistes vivant.e.s.

L’exposition a été conçue pour permettre aux visiteurs de découvrir un monde arctique interconnecté et fluide. 

Une volonté de décolonisation

Jocelyn Piirainen, Inuk urbaine originaire d’Iqaluktuuttiaq, au Nunavut, conservatrice associée, et Ooleepeeka Eegeesiak, Inuk et Qallunaaq originaire d’Iqaluit, au Nunavut et adjointe à la conservation du département Voies autochtones et décolonisation au MBAC ont travaillé aux côtés de commissaires invitées. 

Laakkuluk Williamson, artiste, poète, actrice, conteuse et écrivaine, originaire du Groenland, mais vivant à Iqaluit est l’une des commissaires de cette exposition qui a réuni trois autres commissaires invitées auprès de l’équipe du musée. 

Selon elle, cette exposition ne lutte pas contre des stéréotypes, car ce sont avant tout des histoires racontées à la première personne qui sont mises de l’avant. Cette démarche artistique s’inscrit surtout dans une volonté de décolonisation que le MBAC a entreprise il y a plusieurs années. « C’est là un aspect essentiel de la décolonisation : laisser de la place, créer un espace pour que les peuples autochtones puissent raconter leurs histoires selon leur propre point de vue. Nous avons mis l’accent sur cette joie radicale dans beaucoup d’œuvres, et le mot “radical”, qui précède “joie”, témoigne de la façon dont nous travaillons dur, en tant qu’individus, familles, amis et communautés, pour créer ces moments d’hilarité, d’appréciation, de connexion à la terre, de ce rire personnel et intime que vous verrez tout au long de l’expérience. »

Cette exposition est donc atypique, car elle a été conçue par l’équipe des commissaires comme une expérience sensorielle où plusieurs sens sont sollicités. 

« J’aime vraiment en parler comme d’une expérience, car nous mobilisons tant de nos sens lorsque nous nous imprégnons de l’art. Il ne s’agit pas seulement de regarder, il s’agit aussi d’écouter, d’être conscient de son espace personnel. C’est aussi une ascension, c’est une expérience qui englobe tout. Et la joie radicale est au cœur de tout cela », explique-t-elle lors d’une entrevue le jour de l’inauguration.

Guná (Megan Jensen), Yéil (image fixe), 2021, film, 4 min 51 s Avec l’autorisation de l’artiste et du réalisateur, Shaunoh Wilson (TSU North)

Pourquoi Qillaniq ?

En inuktitut, Qillaniq évoque le scintillement de la lumière du soleil ou de la lune lorsqu’elle se reflète sur l’eau. Ce concept puissant sert de métaphore à l’éclat des peuples autochtones circumpolaires qui résistent à la colonisation, maintiennent leur lien profond avec le territoire et utilisent leurs pratiques artistiques pour faire entrer l’extraordinaire dans la vie quotidienne.

Les artistes participant.e.s incarnent une riche mosaïque de cultures, notamment celles des Gwich’in, des Inuvialuit, des Sugpiat et d’autres nations autochtones du nord, unis dans une célébration fervente de l’Arctique et de la souveraineté autochtone.

Au-delà des frontières

Les artistes dont les œuvres ont été choisies pour cette exposition innovante remettent tous en question, d’une façon ou d’une autre, leurs propres communautés. « Ce sont donc des artistes qui posent des questions, et on parle ici de personnalités hors du commun qui, bien sûr, remettent en question le monde en général par leur simple existence et par le travail qu’ils accomplissent. Mais ils mettent également leurs propres communautés au défi de faire mieux, d’être meilleures », détaille Taqralik Partridge, autrice, poète de spoken word et commissaire indépendante originaire de Kuujjuaq, au Nunavik et l’une des quatre commissaires invitées.

Malgré les tensions géopolitiques actuelles, lorsqu’il est question de cultures et d’arts, il n’y a pas de frontières selon l’équipe commissariale qui a sélectionné des artistes aux parcours aussi variés que leurs techniques multidisciplinaires. 

« Il existe de nombreuses cultures différentes et de nombreuses nations, mais il n’y a pas de frontières dans les conversations qui ont lieu. Nous avons vraiment travaillé dur pour inclure des personnes venues des quatre coins de l’Arctique circumpolaire. »