Les gens, ici, sont très doux, très gentils, très curieux.
On me pose parfois, dans l’espace public, des questions embêtantes. Where are you from? Where’s home to you? How many kids do you have? How do you like Inuvik so far?
Lorsque j’affirme être from outer space, on rit, embarrassés, et on ne me croit pas. Ou alors, on rit franchement et on comprend très bien. C’est selon. Sinon, on me demande si je viens de la France, de l’Allemagne, de la Finlande… Cet accent funny, chantant, étranger. Ho… ! Quebec! Ben oui. Du même pays mais d’un tout autre monde. Surprise : on associe spontanément mon french à la France avant la province mère. Otherwise, wow, oui, bonne question… ! Qui suis-je, d’où viens-je (!), d’où venons-nous ? What do I know. Qu’en savons-nous. La maison, ma maison, ta maison. E.T. et son téléphone. Rendu là, dur à dire. Homeless…? Non : home free! Depuis si longtemps ma vie dans des Rubbermaid, des valises, des backpacks. Chez nous partout. Chez nous nulle part. Chez nous sur terre, chez nous dans les nuages à bicyclette, chez nous sous l’eau d’un lac gelé, chez nous pieds nus dans la neige. Chez nous dehors. Dehors. Là où ya pas d’plafond. Là où ça sent l’feu d’camp. Là où les rires sont fluides et les enfants contents. Le fuel au corps. Les plumes aux pieds. Les palmes aux pattes. Les nageoires aux côtes. Les ailes au dos. Nomade. Nomade. Chez nous dans le mouvement. Avec l’esprit du caribou. Dans les décors changeants, les campements temporaires, les univers improvisés. Les racines légères, légères, souples, élastiques, perméables. Ma maison est là où mon corps se trouve. Là où il se pose.
Là où il se meut, même pour un moment, pour un moment seulement. Ici comme ailleurs, on surf, n’est-ce pas, en pleine impermanence.
