Mi-avril. Minuit. Bleu clair le ciel. Clair le ciel.
Minuit. Beaucoup de blanc dans le bleu. Ça me fait wow. Je reste dans mon salon comme un arbre halluciné face à la fenêtre. J’attends qu’il fasse noir. Ou marin, au moins marin. Je veux voir la nuit arriver. Moi aussi. Je ne veux pas dormir.
Moi non plus. C’est bon, la solidarité. Zut ! C’est la grève de nuit, fait Charlot sur la deux. Télésympathie. Même face au tragique, toujours le mot d’esprit. Je l’adore. Bientôt, oui. Et on ne la verra pas dans les rues ou dans les bois ou flâner dans les parcs, non non, nulle part. Tombée dans un trou noir. Elle va nous larguer là comme des poissons à l’agonie sur la berge et disparaitre totalement du sommet de la mappe. Pas mal effrontée. Et nous, on s’en vient étourdi. L’expression « soleil de minuit », dont tout le Nord canadien se targue, pourra ici, enfin, être prise au pied de la lettre. À Yellowknife, à Whitehorse, à Iqaluit, dans la Baie-James, on a affaire à un « crépuscule » de minuit. Ici, c’est la vraie patente. On la voit venir à cent milles à l’heure. La nuit va tomber en grève générale, illimitée et reconductible en plus. Déjà, elle fait des moyens de pression, on sent la menace peser, elle nous tourne le dos, nous montre son insolent popotin et nous dit : Allez-vous coucher si ça vous chante, moi, le sommeil… Bah ! Pas vraiment besoin. Je pense à ce vieil adage de rockeur suicidaire que répétait toujours l’ami, bon vivant surhumain : I’ll sleep when I’ll be dead… J’dormirai quand j’serai mort.
Oui, ou l’hiver prochain, entre deux saisons de chasse ! En attendant, ça devient difficile de faire ses nuits et de se soumettre naturellement, comme si rien n’était, au rythme de la machine bureaucratique qui a su imposer ses règles et ses horaires fixes jusqu’ici haut… Imaginez.
