le Samedi 26 septembre 2026
le Samedi 26 septembre 2026 7:00 Politique

Élection municipale de Yellowknife, quelle place accordent les candidats à la francophonie ?

Melissa Syer souhaite redonner à la communauté, après avoir vécu plusieurs années à Yellowknife. De son côté, Garett Cochrane portait déjà les couleurs libérales à ses 14 ans, et continue de s’engager pour la communauté en se présentant pour occuper le poste de maire, après avoir été conseiller municipal. — Montage Médias ténois/Courtoisie
Melissa Syer souhaite redonner à la communauté, après avoir vécu plusieurs années à Yellowknife. De son côté, Garett Cochrane portait déjà les couleurs libérales à ses 14 ans, et continue de s’engager pour la communauté en se présentant pour occuper le poste de maire, après avoir été conseiller municipal.
Montage Médias ténois/Courtoisie

À l’approche du prochain scrutin qui aura lieu le 19 octobre, Médias ténois est allé à la rencontre des deux candidats au poste de maire de Yellowknife, Garett Cochrane et Melissa Syer, afin de savoir quelle place ils accorderont au français et à la francophonie au courant de leur mandat, s’ils sont élus.

Élection municipale de Yellowknife, quelle place accordent les candidats à la francophonie ?
00:00 00:00

Communauté francophone et protection de la langue française ont-elles une place dans la course à la mairie de Yellowknife ? Nous sommes allés à la rencontre de Garett Cochrane et Melissa Syer, deux candidats au poste de premier édile.
Rappelons que le maire sortant, Ben Hendriksen, n’était en poste que depuis mai 2025 pour terminer le mandat de sa prédécesseure, Rebecca Alty. Cette dernière avait dû céder sa place pour occuper pleinement sa nouvelle fonction de députée des TNO, ainsi que son poste de ministre fédérale des Relations Couronne-Autochtones. Hendriksen a par ailleurs confié à Médias ténois, ne pas avoir l’intention de se présenter au poste de maire de Yellowknife pour les quatre prochaines années. Après avoir présenté sa candidature au poste de conseiller, le maire sortant à annoncer se retirer entièrement de la course sur sa page Facebook.

Melissa Syer

Melissa Syer souhaite redonner à la communauté, après avoir vécu plusieurs années à Yellowknife

Courtoisie Hannah Eden photography

Melissa Syer, arrivée à Yellowknife il y a plusieurs années dans le cadre d’un mandat en tant que militaire au sein des Forces armées canadiennes, a indiqué être « tombée amoureuse de Yellowknife », et avoir choisi de prolonger un séjour qui devait à la base ne durer que trois ans : « La raison pour laquelle je me présente est que j’aime cette ville. J’ai déménagé ici il y a dix ans en tant que militaire et j’étais supposée rester trois ans. Mon mari et moi sommes immédiatement tombés amoureux de la ville. Nous avons adopté un chien, ce qui nous a forcés à aller dehors, quel que soit le climat. Dès lors, nous avons décidé d’en faire notre maison, construisant une vie merveilleuse ici, et je ressens le fait que je peux redonner à la communauté », a exprimé la candidate. Celle-ci a ajouté que Yellowknife traverse un « moment très important » : « Une attention et des investissements considérables sont sur le point d’être consacrés spécifiquement à Yellowknife. Je pense que nous avons besoin d’un leadeurship fort et solide afin de nous assurer que ces investissements portent fruit. »

En tant qu’officiels, nous parlons souvent de nos priorités et de nos attentes, mais notre premier rôle est avant tout d’écouter

— Courtoisie

Yellowknife : pour une communauté bilingue

Melissa Syer a affirmé valoriser l’utilisation de la langue française, surtout auprès des plus jeunes : « Je n’ai pas d’avis particulier sur la place que prendra la langue française au sein du conseil municipal, a-t-elle d’abord avoué. Mais mon autre rôle est d’écouter les idées et les préoccupations et de voir où elles pourront s’intégrer à la communauté en général ». 

La candidate a indiqué que sa propre fille participe à un programme d’immersion francophone : « Je valorise beaucoup le fait que l’on soit dans un pays francophone et anglophone. Dans une ville de la taille de Yellowknife, qui a une communauté vibrante, nos enfants ont la possibilité d’être exposés assez tôt à la langue française, c’est pour moi la clé pour maintenir (le bilinguisme) à l’âge adulte. Je pense que c’est précisément la raison pour laquelle les gens aiment cette ville. Il y a toutes ces adorables communautés et nous sommes très chanceux d’avoir une telle diversité de communautés », a affirmé Madame Syer.

Un centre communautaire pour la communauté francophone

Cette période d’élections municipales est une occasion de déterrer le projet de bâtir un centre communautaire dédié à la francophonie ténoise. Depuis les années 1980, l’idée fait son chemin. Pour rappel, la Fédération franco-ténoise (FFT) avait, en 2025, proposé la possibilité d’impliquer Patrimoine canadien, mais depuis, aucun changement n’est prévu.  

À ce sujet, Melissa Syer, s’est dite prête à entendre les préoccupations et les attentes des citoyens de Yellowknife. Elle se donne les prochaines semaines pour réagir aux demandes qui lui seront formulées : « Une chose que je devrais faire dans les cinq à six prochaines semaines, c’est d’aller à la rencontre des gens et comprendre leurs expériences. Ma propre expérience de la ville est variée, a-t-elle affirmé. D’après la candidate, son parcours professionnel lui servira directement pour accomplir son potentiel mandat : « J’ai eu la chance de travailler pour la Chambre de commerce de Yellowknife, pour le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, ainsi qu’au sein de l’administration de la Ville. J’ai aussi travaillé au quartier général des Forces armées canadiennes ici, l’armée canadienne ayant elle-même une forte population francophone, a-t-elle énuméré. Je suis donc vraiment motivée à sortir rencontrer les gens, et entendre parler de ce qu’ils aiment au sujet de Yellowknife, ce qui les frustre, et ce qu’ils attendent des quatre prochaines années. En tant que responsables, nous parlons souvent de nos priorités et de nos attentes, mais notre premier rôle est avant tout d’écouter. »

Garett Cochrane

Garett Cochrane portait déjà les couleurs libérales à ses 14 ans, et continue de s’engager pour la communauté en se présentant pour occuper le poste de maire, après avoir été conseiller municipal.

Courtoisie

Les raisons qui ont poussé Garett Cochrane à se présenter sont multiples, mais il a mis l’accent sur un engagement de longue date, commencé dès son adolescence, alors qu’il était déjà engagé sous les couleurs du parti libéral.
Plusieurs années plus tard, Garett Cochrane a maintenu son engagement dans la communauté : « Pour faire simple, Yellowknife est ce que je suis, a-t-il lancé à Médias ténois. Je suis né et j’ai grandi ici, ma famille est ici depuis des générations, et depuis que j’ai eu la possibilité d’apporter ma contribution d’une manière ou d’une autre, j’ai été bénévole dans plusieurs festivals et dans d’autres organismes, jusqu’à la période où j’ai été élu conseiller municipal. » Le candidat à la mairie a mentionné être « tombé amoureux de la complexité des problèmes que le gouvernement municipal doit affronter ». Selon lui, « que ce soit au niveau des standards de nos services, à l’acquisition de nouvelles terres, tout ce travail n’est pas seulement incroyablement important, mais aussi terriblement intéressant. Je pense que j’ai l’expérience nécessaire afin d’avancer vers la prochaine étape, et gouverner la ville à partir du bureau du maire. » 

Je veux m’assurer que l’on a un système dans lequel il est possible de naviguer, avec des représentants de services à la clientèle parfaitement bilingues, qui ne parlent pas seulement l’anglais, mais qui parlent aussi parfaitement le français

— Garett Cochrane, candidat à la mairie de Yellowknife

La francophonie, un enjeu ?

Pour Garett Cochrane, l’enjeu est avant tout pour les francophones, de pouvoir naviguer au sein d’un système qui ne garantit pas toujours d’être reçu dans la langue de son choix : « Parce que je comprends, spécialement pour ceux qui entrent pour la première fois dans notre système, qu’il peut être compliqué de savoir où trouver des permis, obtenir une licence pour ton commerce, ou même simplement trouver les documents pour les différents services publics. Tous ces documents sont disponibles seulement en anglais, ce qui peut être difficile déjà pour les anglophones. Beaucoup de francophones sont ici depuis 20 à 30 ans, avoir un système navigable, capable de porter assistance dans la langue de son choix, il était temps ! », a-t-il indiqué, tout en affirmant que les Franco-Ténois ont également, comme les autres habitant.e.s de Yellowknife, de la difficulté à se loger, ou à affronter les couts de la vie. « Je pense être plutôt bien informé des enjeux des Franco-Ténois en général. Ils sont les mêmes que ceux des Yellowknifiens. Le logement, le cout de la vie, essayer de naviguer à travers la fermeture des mines, et les changements économiques, et être prêt pour les dépenses qui s’y rattachent. »
Cochrane a rappelé qu’un tiers des militaires présents dans la région pour le compte des Forces armées canadiennes est francophone, et constitue une communauté dont il faut également tenir compte : « Je veux m’assurer que l’on a un système dans lequel il est possible de naviguer, avec des représentants de services à la clientèle parfaitement bilingues, qui ne parlent pas seulement l’anglais, mais qui parlent aussi parfaitement le français », a appuyé le candidat.

Un centre communautaire pour la communauté francophone

Les élections prochaines sont l’occasion de remettre sur la table le projet de construction d’un centre communautaire francophone à Yellowknife. Le projet était évoqué depuis les années 1980, et a été ramené au gout du jour en 2025, alors que la Fédération franco-ténoise (FFT) mentionnait la possibilité de financer le bâtiment via un financement de Patrimoine canadien. « Si avoir un centre communautaire est une priorité pour les Franco-Ténois, ça l’est aussi pour tous les habitants de Yellowknife, a tranché à ce sujet le candidat Garett Cochrane. Nous sommes une communauté et non pas des individus de différentes cultures et de différents voisinages. Nous ne sommes forts que grâce au soutien que l’on s’accorde les un des autres. Je suis donc d’accord de considérer la construction d’un centre communautaire comme une priorité ». Il a d’ailleurs déjà son idée sur la manière de rendre ce projet à nouveau possible : « J’ai l’intention de rénover en tant que maire, le bâtiment de l’ancienne piscine Ruth Inch Memorial afin d’en faire un centre multifonctionnel, qui n’abritera pas seulement notre bibliothèque et notre centre touristique, mais aussi un autre espace culturel et artistique, qui pourrait servir d’environnement pour un centre francophone, avant de trouver un financement qui soit propre à la construction d’un centre entièrement consacré à la francophonie », a-t-il informé. 

Garett Cochrane et Melissa Syer sont les deux seuls candidats à la course à la mairie de Yellowknife, les candidatures étant acceptées jusqu’au 21 septembre dernier. 21 candidat.e.s se présentent pour obtenir l’un des huit sièges de conseillers municipaux. Les élections sont prévues le 19 octobre prochain. Le ou la nouvelle maire et l’ensemble des élu.e.s prêteront serment le 2 novembre.