J’pensais jamais qu’un jour, ailleurs qu’en rêve ou qu’en i-magie-nation, je me ferais demander : Do you know how to shoot? On s’en allait à chasse. L’orignal.Oui, deux ! Ou alors : Watch out not to get shooted! Par le monde qui passe en bateau devant mon bord de l’eau… !
La semaine passée, j’ai participé aux derniers ateliers du programme On the land, derrière l’école, à côté d’la shop. Des oiseaux morts, fraichement sortis du frigo, y’en avait plein le sol. Si je n’ai pas eu l’opportunité de prendre un fusil pour faire Pow ! Pow! J’t’ai eu ! J’ai tâté du déplumage de canards noirs (quelles beautés !), d’oies des neiges (aaahhh…) et quelques autres dont les noms s’envolent. Je me suis installée à côté des ainées qui plumaient comme des machines tout en racontant leurs histoires de vie (moi : bénie) et me suis mise à l’ouvrage aussi, la volaille sauvage sur le dos à même les cuisses. Katie, la plus près, m’observait et rectifiait mes techniques spontanées.
Elle me montrait son plumer parfait au ralenti et je reprenais en essayant fort d’imiter; de rejoindre la peau sans la déchiqueter et sans y laisser de traces. Délicat et laborieux. Quand la proie n’est pas fraiche(ment tuée), elle est moins facile à plumer. J’ai trimé longtemps sur l’oie, mais diable qu’elle était délicieuse, grillée sur le feu.
Cet exercice monastique m’a surtout permis de passer du temps riche et profond en compagnie de femmes qui en ont vu bien d’autres et dont les connaissances et la sagesse sont sans prix. J’ai pu sentir à quel point l’énergie investie pour la seule survie du corps et du groupe était importante; immense. Maintenant, partir en famille pour la chasse est pour eux une joie, une fête et une grande fierté; une manière de résistance aussi. Comme quoi, il y a un salut possible en-dehors de l’État… Et du Northmart !
5 juin. Inuvialuit Day. Longue vie à ce peuple merveilleux !
