le Vendredi 24 juillet 2026
le Vendredi 24 juillet 2026 17:00 Économie

Loi sur la construction de logements : Les TNO attendent l’accessibilité

La nouvelle Loi C-26 qui permet au gouvernement de financer la construction de logements au Canada à hauteur de 1,7 milliards $ a été accueillie de manière mitigée dans les TNO. — Photo Nelly Guidici
La nouvelle Loi C-26 qui permet au gouvernement de financer la construction de logements au Canada à hauteur de 1,7 milliards $ a été accueillie de manière mitigée dans les TNO.
Photo Nelly Guidici

La nouvelle loi fédérale sur l’accès au logement, votée à Ottawa le 18 juin 2026, a été accueillie aux TNO avec réserve.

Loi sur la construction de logements : Les TNO attendent l’accessibilité
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Une nouvelle loi C-26 votée à Ottawa afin d’accélérer la construction de nouveaux logements au Canada a fait réagir dans les Territoires du Nord-Ouest. 

Depuis le 18 juin, une nouvelle loi fédérale permet au gouvernement d’aller puiser dans les fonds du Trésor à hauteur de 1,7 milliard $, afin d’encourager la construction de nouveaux logements au Canada, un enjeu particulièrement important pour les résidents des TNO.

Lisa Thurber, fondatrice de l’Association des locataires des Territoires du Nord-Ouest (TA-NWT), s’est dite déçue de l’annonce récente du gouvernement fédéral, qui compte investir 1,7 milliard $ pour réduire les formalités administratives et les obstacles à la construction de nouvelles résidences. 

« Je suis vraiment très déçue, surtout pour nos jeunes qui n’arrivent pas à se loger. Je suis déçue de voir que les loyers varient entre une centaine de dollars et 1 800 $ à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, alors qu’à Fort Simpson, on trouve des appartements d’une chambre à 1 600 $. Je veux dire, ce projet de loi ne va pas garantir l’accessibilité au logement », a affirmé la fondatrice.

Lisa Thurber, pense que le gouvernement fédéral fait fausse route en donnant la priorité à la construction de nouveaux logements. 

Elle estime qu’Ottawa devrait plutôt œuvrer afin de garantir une offre de logements abordables, et s’assurer de permettre le bon fonctionnement de nombreux programmes d’aide au logement qui existaient déjà. Elle rappelle que beaucoup de ces programmes sont inaccessibles. 

« J’ai l’impression que, si on regarde l’histoire, on est au bord d’une récession : on construit tous ces logements, mais personne ne peut se les permettre. Je vois de plus en plus de locataires de la classe moyenne. J’essaie de me battre pour qu’ils puissent accéder à la propriété, car ils n’ont pas les moyens de payer leur loyer, mais ils n’ont pas non plus les moyens de payer un crédit immobilier : c’est un cercle vicieux. Qui a 25 000 $ en banque pour verser les 5 % de mise de fonds ? ». 

La fondatrice a cité des programmes de la Société canadienne d’Hypothèque et de logement (SCHL), comme le Fond d’innovation pour le logement abordable, la Solution de logement pour les Autochtones et le Nord, ou encore Maison Canada, qui doit bientôt diriger le programme de Financement pour le logement autochtone en milieu urbain, rural et nordique.

« Le Fonds pour les communautés autochtones du Nord est clôturé, le Fonds pour les organisations « Black LED » est clôturé, le Fonds pour les innovations en matière de logement abordable est clôturé ; tous ces programmes sont clôturés », a-t-elle listé.

Lisa Thurber a dit se battre depuis le lancement de son organisme en 2022, afin d’éviter que des citoyens ne perdent leurs logements et ne deviennent des personnes sans-abris. 

« Il y a un grand nombre de personnes qui se trouvent dans une situation injuste. Elles sont prises au piège dans un programme de logement et n’ont aucun moyen de passer de ce programme à un logement abordable qui leur appartient. Certaines personnes vivent dans ces logements depuis 20 ans », a-t-elle regretté.

Il ne s’agit donc pas seulement de construire. Il s’agit aussi d’avoir les bonnes politiques ainsi que l’accessibilité, et comment on peut soutenir les résidents à travers tout le territoire. 

 

— Lucy Kuptana, Ministre responsable d’Habitation Territoires du Nord-Ouest et Ministre responsable de la condition de la femme

La Province reste à l’écoute 

Lucy Kuptana, Ministre responsable d’Habitation Territoires du Nord-Ouest et Ministre responsable de la condition de la femme, estime au contraire qu’Ottawa a pris une décision qui peut s’avérer utile. 

Elle a affirmé qu’elle travaillera avec les instances fédérales pour tenter de résoudre le problème de logements dans les TNO. 

« Toute mesure fédérale qui soutient le logement est la bienvenue », a-t-elle d’abord affirmé. « Aux TNO, nous affrontons des défis uniques concernant les logements. Nous avons 33 communautés et nous pourvoyons pour 32 d’entre elles. Nos régions sont vastes, beaucoup sont isolées. Donc, les mesures et lois qui concernent les logements aideront les TNO et les habitations des TNO à évoluer dans les défis qui nous concernent », a ensuite indiqué la ministre. 

Madame Kuptana a mentionné que des études ont été faites afin d’évaluer les besoins de ces 20 dernières années, et que les Territoires travaillent en étroite collaboration avec le gouvernement fédéral pour tenter de relever le défi du logement. 

« Nous disposons d’une étude d’évaluation des besoins en infrastructures sur 20 ans. Nous négocions en ce moment avec Maison Canada afin d’avoir plus de financement pour construire plus de maisons sur l’étendue des Territoires du Nord-Ouest. Il s’agit encore là d’une initiative fédérale dans le cadre de laquelle les TNO sont en pleine négociation également. Nous faisons également un travail d’élaboration d’une politique. Nous menons également une étude à grande échelle sur la location afin d’effectuer certaines analyses ». 

Photo Nelly Guidici

Habitation Territoires du Nord-Ouest a publié en mars 2026 la toute première analyse complète du marché locatif aux TNO, depuis les années 2000. 

On peut y lire notamment que « les loyers comptent parmi les plus élevés du pays, et la pénurie de logements locatifs persiste, en particulier en ce qui concerne les logements abordables et les studios ou appartements d’une chambre ». 

Le rapport souligne aussi le fait « qu’il existe des obstacles importants au développement, notamment la rareté des terrains constructibles et les couts élevés liés à l’aménagement ». 

Le document conclut, entre autres, que, pour combler les besoins de sa population grandissante, il faudrait construire à Yellowknife 1059 logements d’ici 2035. 

Avec la loi C-26 qui vient d’être adoptée, Madame Kuptana pense qu’un véritable travail de fond va pouvoir se faire, en collaboration avec le gouvernement fédéral, pour répondre à la demande en matière de logements dans les TNO.

« Il ne s’agit donc pas seulement de construire. Il s’agit aussi d’avoir les bonnes politiques ainsi que l’accessibilité, et comment on peut soutenir les résidents à travers tout le territoire, avec nos logements sociaux et publics. Nous proposons également des logements du marché libre dans beaucoup de nos petites communautés. Ce sont des logements dédiés à des personnes qui ont déménagé ici pour enseigner ou être infirmier au centre de santé, ou des conseillers venus ici pour fournir leurs expertises. Donc nous sommes dans les défis de fournir beaucoup de logements publics et sociaux », a mentionné la ministre Kuptana.

Elle estime que ces dernières années ont été productives, même s’il reste encore beaucoup à faire avant de relever le défi de loger tous les habitants des TNO dans de meilleures conditions, tout en maintenant les prix à un niveau abordable. La ministre Kuptana s’est dite prête à continuer le travail afin d’atteindre cet objectif.

« Je pense que nous avons fait du bon travail ces dernières années et sous ce gouvernement. Mais nous avons encore beaucoup de choses à faire. Beaucoup de choses à faire au niveau des politiques, comme je l’ai indiqué. On doit travailler plus en fonction de nos seuils de revenus, mais aussi juste en soutenant nos priorités en tant que gouvernement. Je vois que le gouvernement fédéral s’aligne quelque peu sur les priorités des TNO concernant le logement, et c’est pourquoi je pense que Maison Canada va être un bon outil pour pouvoir aller de l’avant maintenant que ça a été annoncé », a conclu Lucy Kuptana.