« Nous sommes poussières d’étoiles. C’est littéral. » Pour Laurie Rousseau-Nepton, cette idée relie directement l’astrophysique à ses racines innues. Née au Québec et membre de la communauté de Mashteuiatsh, elle étudie la formation des étoiles et a découvert au fil de son parcours que ses recherches faisaient écho à des savoirs ancestraux.
Les étoiles fabriquent notamment du carbone, de l’oxygène et du fer, des éléments présents jusque dans notre corps.
En échangeant avec des aîné.e.s de sa communauté, elle découvre aussi cette croyance selon laquelle « on vient du ciel et on retourne au ciel ».
La chercheuse, professeure adjointe à l’Université de Toronto et à l’Institut Dunlap d’astronomie et d’astrophysique, dirige aujourd’hui SIGNALS, un projet international réunissant plus de 60 chercheurs et consacré à l’étude de plus de 50 000 régions de formation stellaire dans des galaxies proches de la Voie lactée.
Savoirs anciens
Depuis environ deux ans, ses recherches l’ont aussi amenée vers l’archéoastronomie, un domaine qui étudie notamment les liens entre des sites ancestraux et l’observation du ciel. Réduire les savoirs astronomiques autochtones à des récits ou à des constellations serait, selon elle, une vision « excessivement limitée ».
Selon la chercheuse, « ce sont aussi des histoires, mais ce ne sont pas que des histoires. Ça contient énormément d’informations ».
Dans les Prairies, par exemple, certains sites comportent des cercles de pierres et de longs alignements de pierres orientés vers l’horizon. Ceux-ci auraient pu servir à suivre le lever ou le coucher de certains objets célestes.
Mme Rousseau-Nepton travaille notamment avec une communauté Blackfoot, en Alberta, pour mieux comprendre l’usage de certains de ces sites.
« Ce n’était pas juste une histoire, mais bien un contenu scientifique qui était intégré dans des récits artistiques, poétiques, à même les histoires fondamentales de la culture », explique-t-elle.
Étoile disparue
Certains de ces sites pourraient même fournir des informations auxquelles les observatoires modernes n’ont pas accès.
Sur l’un de ceux qu’elle étudie actuellement, une étoile brillante semble avoir servi de repère sur l’horizon. Or, cette étoile n’est plus là aujourd’hui : elle aurait explosé il y a très longtemps.
La recherche n’est pas encore publiée et Mme Rousseau-Nepton reste prudente, mais l’hypothèse ouvre une possibilité fascinante : utiliser ces repères anciens pour mieux situer dans le temps certains phénomènes astronomiques.
« Ça nous permet peut-être d’avoir une idée de quand est-ce que ces étoiles-là explosaient », explique-t-elle.
Pour l’astronome, la transmission des connaissances sur plusieurs générations donne une valeur scientifique particulière à ces sites : « C’est comme des données de plusieurs milliers d’années auxquelles autrement on n’aurait pas accès. Parce qu’il n’y avait même pas d’observatoire moderne à cette époque-là. »
Ciel du Nord
Fort Smith offre justement un environnement privilégié pour parler de ce rapport ancien au ciel. Dans un véritable ciel noir, explique Mme Rousseau-Nepton, l’oeil humain devient capable de distinguer des étoiles beaucoup moins brillantes et donc des milliers d’objets supplémentaires.« D’être dans le Nord, c’est un peu comme avoir à portée d’oeil un ciel qui est de qualité », dit-elle.
Un ciel sombre facilite l’observation du mouvement des planètes, de la Lune, des comètes et de nombreux autres phénomènes célestes. Une richesse aujourd’hui menacée non seulement par la pollution lumineuse, mais aussi, par la multiplication des satellites artificiels.
Semer le doute
À Fort Smith, Laurie Rousseau-Nepton compte raconter comment son propre parcours l’a conduite vers les connaissances astronomiques innues, mais aussi présenter des savoirs issus d’autres communautés autochtones.
Son objectif est notamment de remettre en question l’idée selon laquelle l’histoire de l’astronomie commencerait avec les observatoires et les scientifiques occidentaux. « Je vais essayer au moins de semer le doute dans l’esprit des gens quant à savoir tout ce que nos ancêtres savaient », dit-elle. Elle espère surtout que cette réflexion donnera envie au public de s’intéresser aux connaissances conservées sur son propre territoire.
