Un sage dicton dit qu’on peut rencontrer toutes sortes de gens à Yellowknife. La fin de semaine dernière, j’ai rencontré une personne qui aurait fait un bon astronaute, Craig d’Entremont. Cet homme instruit d’origine acadienne allait me projeter sur les rues de la banlieue à une vitesse de 40 km/h.
Il faut d’abord mentionner que je me suis rendu à son domicile pour un souper familial suite à l’invitation de son beau-fils russe, Aliosha (ou Alexei). D’autres amis de la famille étaient également présents.
J’admets que je me sentais un tantinet gêné à mon arrivée. La Société des alcools était fermée et ma seule contribution a été un melon exotique (donc dispendieux). En revanche, la nourriture et la bière de mes hôtes ont plus que comblé mon estomac. Craig a ensuite commencé à piquer ma curiosité lorsqu’il s’est mis à parler de ses patins à roues alignées motorisés.
Lorsqu’il a demandé aux convives d’assister à une démonstration, il a épaté la galerie. Un long tube argenté ressemblant à un tuba était fixé à son patin droit. Dans sa main, il tenait un régleur de vitesse relié au moteur du patin par une corde. La procédure pour faire démarrer le patin était la même que pour la tondeuse. Il a tiré sur une autre corde et un bruit infernal a fait fuir les corbeaux du quartier.
Devant les invités, il s’est placé dans la rue avant de se pencher comme un skieur alpin avant sa descente. Avec un léger coup de poignet, il est parti dans le vent, les deux jambes immobiles. Il dépassait sans doute la limite de vitesse permise dans son quartier et les quelques conducteurs dans la rue le regardaient avec un air curieux.
« Je me rends parfois au travail en portant ces patins », a indiqué Craig. « La limite de vitesse est de 60 kilomètres à l’heure, mais je n’ai jamais dépassé le cap des 40. Ce serait trop dangereux ».
– Mais où as-tu eu l’idée d’acheter des patins motorisés, Craig? « J’ai vu les patins sur le site web californien www.motosk8.com », a-t-il expliqué. « Avec deux tasses d’essence je peux me promener en toute quiétude pendant une heure et demie. Ça me prendrait au moins cinq gallons pour me rendre à Hay River. »
– Comment les gens réagissent-ils lorsqu’ils te voient sur la route ? « Certains me regardent affectueusement et me crient leur appui, surtout ceux qui chauffent des Harley. D’autres sont indifférents. Quelques personnes me regardent comme si j’étais un extra-terrestre, et d’autres considèrent le vrombissement fatigant. »
– Et les jambes ?
« Je suis obligé de changer la roue arrière du patin motorisé à toutes les deux semaines à cause de la pression », a indiqué Craig.
Craig demande ensuite à ses invités s’ils veulent risquer leur vie pour la gloire de faire du patin ? Un dénommé Wayne Puznicki et moi sommes assez courageux (ou fous) pour tenter notre chance. Après-vous, Wayne !
Notre hôte prend la précaution de sortir les protecteurs en cas de chute. Il explique ensuite à Wayne l’importance de se tenir bien penché avant de mettre le démarreur en marche. Avec un petit coup de poignet, il part en flèche, avance une bonne cinquantaine de mètres, fait demi-tour et vient s’écraser sur le trottoir devant les spectateurs. Heureusement, il n’est pas blessé.
« Je pensais que j’allais tomber plus tôt », s’est-il exclamé. « On sent la puissance sur la jambe droite, là où le moteur est situé. Je ne savais pas quelle puissance lui donner. Le patin ne pouvait pas aller à la vitesse maximale. »
Finalement, mon tour est venu. C’est de peine et de misère que j’ai pu me glisser de l’entrée vers la rue à cause du poids du patin motorisé. Les autres invités ont rapidement remarqué cette faiblesse.
« Apportez-lui un casque », s’est exclamée une personne qui m’a pris en pitié. J’ai quand même refusé d’accepter son aide. Si j’allais mourir, c’était en héros romanesque que je voulais quitter ce monde.
Un petit coup de main et je suis parti à la vitesse de l’éclair. Je ressemblais plus à un jongleur de cirque qu’à un patineur ayant déjà habité sur le bord du canal Rideau à Ottawa. La pression sur mes jambes était immense. Lorsque j’ai frappé un caillou, j’ai failli faire un vol plané sur une distance de 100 mètres. Le miracle est néanmoins survenu ; je suis arrivé à bon port sans me péter la fraise.
Les résultats :
3,5 sur 10 pour Daniel, 4,0 pour Wayne et 9,9 sur 10 pour Craig. (Personne n’est parfait). Les participants se sont mérité une bonne bière fraîche.
