Lorsque le vent se lève sur Yellowknife, les cerfs-volants font de même sur la baie qui voisine la ville. Il n’est même pas rare d’en voir plusieurs à la fois, traînant derrière eux des formes humaines chaussées de skis alpins qui défilent à toute vitesse sur la surface gelée du Grand lac des Esclaves.
Après une année à Hay River, Stéphane Sévigny a d’abord été surpris de voir que ce sport avait une telle popularité dans la capitale ténoise. « Mais en constatant la superficie gelée, ce grand terrain de jeux, je dirais maintenant que je suis surpris qu’il n’y ait pas plus de gens qui pratiquent ce sport », de mentionner celui qui a été initié au cerf-volant traction alors qu’il habitait à Gaspé, dans l’est du Québec.
Le principal intéressé admet qu’il s’agit d’un sport coûteux. « Ça coûte cher au début, mais ensuite, c’est très accessible. L’équipement est bon pour plusieurs années et si tu divises les coûts par le nombre de fois que tu y vas, ça devient un sport qui ne coûte pas si cher », argue-t-il, ajoutant que les TNO sont encore plus propices à la pratique du cerf-volant traction, puisque les lacs y sont gelés pour une bonne partie de l’année.
Dîplômé en activités physiques, ce Montréalais d’origine s’est beaucoup promené avant de se pointer aux Territoires du Nord-Ouest pour la première fois. « J’ai voyagé beaucoup au Québec. J’ai été sur les côtes nord et sud du Saint-Laurent, jusqu’aux îles Mingan, en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine. J’ai occupé un paquet d’emplois », raconte-t-il, en ajoutant qu’il a même travaillé à Madagascar, pendant un an et demi.
C’est pour suivre un cours d’éco-interprète que Stéphane Sévigny s’installe à Gaspé. « Il y a à peu près cinq ans, je m’étais engagé bénévolement dans un événement familial qui s’appelait Mirage sur la banquise. Je m’y occupais des activités familiales et j’ai invité Éric Marchand, un de mes amis qui a été champion du monde de cerf-volant traction, volet saut acrobatique, pour offrir une démonstration. Ça avait ébloui tout le monde et c’est depuis ce temps-là que j’ai des projets de cerf-volant traction qui me trottent dans la tête ».
C’est d’ailleurs ce même Éric Marchand qui a fait faire ses premières armes à Stéphane. « Je suis allé pratiquer au paradis du cerf-volant, soit les Îles-de-la-Madeleine. Là-bas, c’est plat et il y a des bancs de sable à n’en plus finir, donc on pouvait faire du cerf-volant en voiturette, c’était fou ! »
« L’idée, c’est que tu braves un des éléments les plus puissants : le vent. Tu peux être courageux et prendre une grosse toile, alors le vent t’arraches littéralement du sol. On en arrive à un point où la ligne est tellement mince entre maîtriser le vent et ne pas le maîtriser. Mais lorsque tu es le moindrement humble avec sa force, tu peux avoir beaucoup de plaisir en toute sécurité. Il y a ces deux notions de sécurité et de bravoure qui viennent à se mélanger », explique Stéphane.
Selon Stéphane Sévigny, la pratique du cerf-volant traction requiert plus de patience que de forme physique. « Au début, on doit être patient parce que les conditions de vent ne sont pas toujours adéquates pour pouvoir bien maîtriser le cerf-volant. Il faut donc commencer stationnaire, c’est-à-dire sans ski dans les pieds afin de bien connaître les mouvements de la toile en fonction du vent. Ensuite, il est préférable d’avoir l’expérience du ski ou du télémark pour avoir un bon équilibre sur les planches et pouvoir essayer de se déplacer avec le cerf-volant ».
Au chapitre de l’équipement, outre le cerf-volant et les skis, les adeptes du sport doivent se doter d’un harnais spécialement conçu pour cette activité. « Il y a aussi des gens qui utilisent des voiturettes qui sont sur roues ou sur skis, mais c’est plus dispendieux », précise Stéphane qui ajoute qu’il est possible de se faire tirer par un cerf-volant sur le sable, la neige et l’eau (avec une toile et une planche spécialement conçus à cet effet).
Stéphane y va même de prédictions quant à l’avenir du cerf-volant traction. « Il y a déjà des expéditions polaires qui se font avec ce moyen et on en verra de plus en plus parce que ça permet de franchir de grandes étapes très rapidement », de mentionner celui qui ajoute que des pointes de 40 kilomètres à l’heure peuvent être atteintes en skis. Est-ce que Stéphane Sévigny continuera de tournoyer autour des maisons-bateaux de la baie de Yellowknife ? Bien sûr, en attendant d’effectuer la traversée du Grand lac des Esclaves vers Hay River. « Ça fait longtemps que je projette de faire la traversée, mais ce ne sera pas cette année, peut-être l’année prochaine…».
Le 25 avril, un atelier sur le cerf-volant traction a eu lieu à l’école Saint-Joseph. Les personnes intéressées par le sujet ont pu y voir quelques vidéos et découvrir l’équipement relatif à la pratique de ce sport.
