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le Vendredi 28 janvier 2005 0:00 Divers

Qu’est-ce qu’on fait ensuite?

Qu’est-ce qu’on fait ensuite?
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Ce qui m’a incitée à reparler du tsunami, c’est le fait qu’une de mes amies n’avait pas l’air convaincue de mes idées à propos de ce qui devrait se faire après tout ça, la reconstruction, comme elle l’appelle, ou la vie après la tragédie, comme je l’appelle. Vous y avez pensé, vous à ce qu’on fait après une telle tragédie? Comment on s’organise? Où va tout cet argent recueilli? Comment?

On a tous un pincement en pensant à tout ça, et la tête nous chavire. Mais notre responsabilité se résume-t-elle à envoyer des sous? On n’a pas grand pouvoir. Que cela ne nous empêche pas de penser à la façon dont les secours devraient être organisés, l’argent versé, etc.

Si l’aide de première ligne, immédiate, qui suit une grande tragédie vient plutôt de l’extérieur, car les gens sur place sont démunis et ont besoin d’aide de façon urgente, ponctuelle et tangible, un peu plus tard, quand la reconstruction recommence, on constate souvent, avec stupeur, que les organismes et pays prennent en main les travaux, sans trop se préoccuper des pays et des gens touchés. Ils sont portés à envoyer tout, de ne pas tenir compte de l’économie locale, d’infantiliser les gens.

Ainsi, pour plusieurs de ces personnes qui ont perdu tout, mais alors tout, le gouffre auquel ils font face est grand. C’est tellement énorme, qu’on ne peut pas imaginer. On essaie, par empathie, mais c’est le mieux qu’on peut faire. C’est trop douloureux pour vraiment pouvoir se mettre à la place de quelqu’un. Rien que d’y penser, et on chavire, c’est trop. Vous avez vu comme moi des centaines d’images atroces. Point n’est besoin de raviver ces souvenirs. Ils sont durs pour les témoins, imaginez pour les personnes qui les vivent!

Donc, gros branle-bas de combat, l’aide humanitaire arrive avec armes et bagages. C’est bien! C’est ce qu’on veut! C’est pour ça qu’on donne de l’argent. Mais quand vient le temps de reconstruire, ce sont les gens eux-mêmes qui devraient être en charge, prendre la direction des travaux, construire eux-mêmes comme ils l’entendent. Il arrive souvent que l’infantilisation aille au point de les tenir à l’écart de tous les travaux post-tragédie, alors qu’ils sont les mieux placés pour y participer. Et non seulement ils devraient y participer, mais il faut absolument les faire participer, pour leur propre guérison. Une des seules façons de pouvoir les rattraper, de les remettre sur pied, c’est de les faire participer à de grands travaux de reconstruction, alors que tout a été détruit. C’est de mettre les pêcheurs à la construction de bateaux, de pauvres citoyens, à la reconstruction d’une maison pour les abriter, de mettre les enseignants à la tâche pour reconstruire l’école, etc. C’est sans doute l’une des seules façons de sortir les gens de cette torpeur et de pouvoir peut-être leur donner un sens à la vie, les faire se sentir utiles à quelque chose, leur redonner l’instinct de vie que la mer leur a enlevée. C’est de leur donner le droit de reconstruire à leur façon, et non à la façon de ceux qui les aident.

On a souvent entendu à la télé, les jours qui ont suivi cet abomination, les gens dire d’envoyer de l’argent, de ne pas y aller. Souvent, les gens pensent que leur présence serait vraiment utile. Détrompez-vous! À moins que vous ne soyez médecin ou infirmière, votre présence ne ferait que nuire à la bonne marche des choses. Je sais que les sentiments qui vous animent sont louables, mais le mieux, c’est malgré tout l’argent qui peut servir à acheter localement et repartir des économies qui en ont pris pour leur rhume.

Je reviens donc à mon idée première : les gens sur place doivent non seulement participer, mais il faut également leur donner le pouvoir de prendre leurs propres décisions. J’écoutais un des fondateurs de Médecins sans frontières, et il allait même jusqu’à dire qu’il fallait donner l’argent aux gens eux-mêmes pour reconstruire leurs maisons. C’est ça de l’aide internationale! Mais il dit s’être fait taper sur les doigts par d’autres grands organismes internationaux qui pour leur part, croient que ce sont eux qui doivent tout reprendre en main et non pas redistribuer l’argent aux victimes elles-mêmes, une fois les premiers secours bien en place et les infrastructures principales bien rétablies. Un grand dilemme, n’est-ce pas? Ça donne à réfléchir tout ça, et pas seulement à vous et à moi, mais particulièrement aux grands organismes internationaux, voués à l’entraide internationale et au mieux-être de la planète. Mais même si on n’est pas en charge de grand chose à l’échelle internationale, vous et moi, on a tout de même le droit, et j’irais même jusqu’à dire le devoir d’étudier tout ça. Et ainsi, quand arrive une horreur comme il vient d’en arriver une, on sait un peu quels organismes privilégient notre pensée. Et selon vos priorités, votre façon de penser, etc., vous pouvez donner de façon qui soit conforme à vos convictions.

Je crois que la solidarité humaine démontrée nous a peut-être fait réaliser que le pire déclenche le meilleur. Mais on sait également que le pire donne lieu au pire, et je parle du commerce d’enfants qui sévit dans les pays touchés. La bête humaine est vraiment insondable! Capable des pires horreurs et des plus grands sacrifices face à leurs semblables! J’en reparlerai une autre fois. En attendant, je salue votre générosité et votre sens du partage. Je sais que c’est le cas! Les gens du Nord sont réputés pour ça!