le Jeudi 17 septembre 2026
le Jeudi 17 septembre 2026 7:52 Arctique

La fonte du pergélisol dégrade la qualité des eaux de rivière

La fonte du pergélisol, due au réchauffement climatique, entraine une acidification des cours d’eau. — Photo Nelly Guidici
La fonte du pergélisol, due au réchauffement climatique, entraine une acidification des cours d’eau.
Photo Nelly Guidici

Une étude publiée en juillet 2026 révèle les effets de la fonte du pergélisol sur les cours d’eau du Nord, en particulier dans les vastes régions du nord-ouest. Cette étude d’Elliott Skierszkan, de l’université Carleton et Andras J. Szeitz, de l’université McMaster, met en lumière les conséquences multiples de la fonte du pergélisol sur la qualité de l’eau et le processus d’acidification des rivières.

La fonte du pergélisol dégrade la qualité des eaux de rivière
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Connexion Arctique est une collaboration de cinq médias francophones des territoires canadiens : les journaux L’AquilonL’Aurore boréale et Le Nunavoix, ainsi que les stations CFRT Fm et Radio Taïga.

Dans de vastes régions du nord-ouest de l’Amérique du Nord, les cours d’eau s’acidifient brusquement. Ce phénomène est une conséquence directe du réchauffement climatique qui a des répercussions immédiates sur l’eau et la faune. 

Avec l’augmentation continue des températures en Arctique, la fonte du pergélisol a des effets sérieux sur les cours d’eau, notamment une acidification qui modifie sa couleur qui, sous cet effet, prend une teinte couleur de rouille. 

Alors que le pergélisol agit comme une barrière naturelle entre la surface du sol et les eaux souterraines, son dégel entraine une infiltration des eaux souterraines acides dans le sol où celles-ci interagissent avec l’eau, l’oxygène ainsi qu’avec le substrat rocheux riche en minéraux sulfurés. Ces interactions déclenchent des réactions chimiques qui entrainent la formation de sources chargées en acides et en métaux. 

Ce drainage acide riche en métaux toxiques change la couleur des rivières et leur donne cette teinte orangée très particulière. « Nous avons constaté que certains plans d’eau de la région étaient devenus très acides en l’espace de quelques années seulement. De tels changements rapides sont rarement observés dans les bassins versants naturels et soulignent à quelle vitesse le dégel du pergélisol peut altérer la qualité de l’eau », peut-on lire dans l’étude. 

Un tronçon de la rivière Engineer près de la route Dempster, au Yukon.

Photo Nelly GuidiciUn tronçon de la rivière Engineer près de la route Dempster, au Yukon.

Mutation des environnements nordiques

L’apparition de ruissèlements acides illustre bien les profonds changements environnementaux qui s’opèrent actuellement dans les paysages nordiques. Depuis 1979, l’Arctique s’est réchauffé près de quatre fois plus vite que le reste de la planète. Selon le dernier rapport d’environnement et Changement climatique Canada sur le climat, le Canada s’est fortement réchauffé au cours des 75 dernières années et c’est le Nord qui connait le plus grand réchauffement.

L’accélération de l’altération des sulfures est une conséquence généralisée du recul des glaciers et du dégel du pergélisol. Mais ce phénomène et les impacts directs sur la biodiversité restent encore peu compris. « Une conséquence immédiate est la détérioration de la qualité de l’eau, qui dégrade les écosystèmes aquatiques d’une manière que nous ne comprenons pas encore pleinement. »

Par ailleurs, ce processus engendre aussi une libération du dioxyde de carbone dans l’atmosphère, ce qui pourrait contribuer à accélérer le dégel du pergélisol. Cette situation s’apparente donc à un cercle sans fin inquiétant. 

Collaboration avec les communautés

Dans le cadre de cette recherche, la surveillance de la qualité de l’eau à l’observatoire de Tombstone Waters a été mise en place après que la Première Nation Tr’ondëk Hwëch’in a fait part de ses inquiétudes concernant la qualité de l’eau sur son territoire, en particulier à Ddhäl Ch’èl Cha Nän (parc territorial de Tombstone).

« Ces données nous ont offert une occasion rare d’observer en temps réel le changement spectaculaire de la chimie de l’eau et ont corroboré les observations faites par les membres de la communauté », ont affirmé les auteurs de l’étude. 

Pour la première nation Tr’ondëk Hwëch’in, ces résultats revêtent une importance capitale, car la santé d’un bassin versant est essentielle à l’identité et la dégradation de la qualité de l’eau sur les territoires autochtones, due au changement climatique, constitue non seulement un enjeu environnemental, mais aussi un défi pour la santé des communautés ainsi que pour les relations et les responsabilités culturelles qui perdurent depuis des générations.