le Lundi 5 octobre 2026
le Vendredi 2 octobre 2026 7:00 Autochtones

Journée de la vérité et de la réconciliation : se souvenir et commémorer ensemble à Yellowknife

Depuis le début du XIXe siècle et jusque dans les années 1990 au Canada, des centaines de milliers d’enfants autochtones ont été forcés de vivre dans des pensionnats, dont l’objectif avoué était de les assimiler à la culture coloniale. — Aline Essombe
Depuis le début du XIXe siècle et jusque dans les années 1990 au Canada, des centaines de milliers d’enfants autochtones ont été forcés de vivre dans des pensionnats, dont l’objectif avoué était de les assimiler à la culture coloniale.
Aline Essombe

Plus de 200 personnes ont fait le déplacement le 30 septembre au Centre Tree of Peace Friendship de la capitale des TNO, afin de se réunir, de prier, et de se souvenir des souffrances des Premières Nations qui ont enduré la période des pensionnats autochtones.

Journée de la vérité et de la réconciliation : se souvenir et commémorer ensemble à Yellowknife
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L’association des femmes des Premières Nations (Native Women Association) des Territoires du Nord-Ouest (NWA-NWT) a organisé un évènement de Vérité et de Réconciliation au Centre Tree of Peace Friendship le 30 septembre, à Yellowknife.

Il s’agissait pour les organisateurs de commémorer une époque douloureuse de leur histoire, et de sensibiliser la population, comme l’a exprimé Rachel Tambour Zoe, intervenante auprès des victimes au sein de la NWA-NWT : « Nous voulions que les gens sachent ce qui s’était passé, a-t-elle commencé par indiquer. Nous voulions que les gens en sachent plus sur notre histoire, car beaucoup des nôtres souffrent encore des traumatismes vécus dans les pensionnats. » Elle s’est félicitée du fait que l’évènement, qui n’était d’abord organisé qu’à très petite échelle a pris, au fil des années, beaucoup d’ampleur : « Aujourd’hui, cela me rend vraiment heureuse de voir la diversité des personnes qui se mobilisent et qui veulent comprendre ce qui est arrivé aux peuples autochtones, a-t-elle affirmé. Quand on regarde dans la rue, il y en a tellement qui souffrent encore de leurs traumatismes. » Elle a ajouté que l’enjeu est de démontrer son soutien aux survivant.e.s de cette douloureuse période de l’histoire. « Organiser des évènements comme celui-ci leur montre donc qu’ils n’ont plus besoin de souffrir. Nous nous mobilisons et nous essayons de faire quelque chose de vraiment important pour eux. Nous voulons donc qu’ils se manifestent et qu’ils sentent que nous les reconnaissons, que nous reconnaissons leur douleur, que nous reconnaissons leur traumatisme. Maintenant, travaillons tous ensemble et guérissons ensemble », a-t-elle souhaité.

N’oublions jamais, et ne tombons jamais dans le piège de revivre cela. Il s’agit simplement de montrer à quel point les peuples autochtones sont forts et résilients, et comment ils ont réussi à survivre

— Cody DryGeese, Spécialiste en environnement

La Journée de Vérité et Réconciliation organisée le 30 septembre à Yellowknife par la Native Women Association the Territoire du Nord-Ouest a rassemblé plus de 200 personnes.

Photo Aline Essombe

Une histoire douloureuse à Yellowknife

Depuis le début du XIXe siècle et jusque dans les années 1990 au Canada, des centaines de milliers d’enfants autochtones ont été forcés de vivre dans des pensionnats, dont l’objectif avoué était de les assimiler à la culture coloniale. De nombreuses violences ont été perpétrées à ces endroits, et beaucoup d’enfants ne sont jamais rentrés chez eux. Les Territoires du Nord-Ouest n’ont pas échappé à ce régime. 

Une carte interactive produite par Services aux Autochtones Canada permet de situer les différents et nombreux pensionnats autochtones qui ont existé au pays. On peut, par exemple, retracer les pensionnats de Lapointe Hall, dans le Deh Cho Hall, à Fort Simpson ; le All Saints et le St.Peter de Hay River ; ou encore, le Yellowknife Federal Hostel. 

Rachel Tambour Zoe est elle-même une survivante, et elle trouve important de transmettre ce qu’elle a pu préserver de sa culture et de sa langue : « Dans les pensionnats, ils ont perdu toute leur identité, et c’est regrettable, a-t-elle d’abord tenu à rappeler. Quant à ceux qui n’y sont pas allés, certains ont pu conserver leur identité et leur langue. J’en fais partie. Je suis née en 1964, juste à la fin de l’ère des internats autochtones », a-t-elle ensuite raconté, avant d’ajouter qu’elle a pu être élevée au sein de sa communauté, et parle donc couramment le Déné. « C’est pourquoi j’essaie d’aider les gens. Je suis également mentor linguistique : j’aide ma nièce, qui est professeure de langue, en me rendant dans sa classe pour la parler, afin que les enfants puissent l’apprendre », raconte l’intervenante.

« Il est important de participer à l’évènement de la Journée de la vérité et de la réconciliation, pour mieux comprendre les peuples autochtones qui nous entourent », selon Cody DryGeese, spécialiste en environnement et engagement au Det’on Cho Environnemental de Yellowknife. 

Aline Essombe

Ne pas refaire les mêmes erreurs

De son côté, Cody DryGeese, spécialiste en environnement et engagement au Det’on Cho Environnemental de Yellowknife, pense qu’il est important de se souvenir de l’époque des pensionnats autochtones, afin de ne pas répéter les erreurs du passé : « Il est important de participer à l’évènement de la Journée de la vérité et de la réconciliation, pour mieux comprendre les peuples autochtones qui nous entourent, car il y a beaucoup d’autochtones ici à Yellowknife. Ils ont tous des histoires à raconter, a d’abord indiqué celui qui est aussi candidat au poste de conseiller municipal aux prochaines élections de Yellowknife qui auront lieu le 19 octobre. Chacun a son histoire personnelle, qu’il est très important d’écouter, et c’est bien de créer des liens, car beaucoup de gens considèrent cela comme un jour férié, mais pour nous, les autochtones, ce n’est pas vraiment un jour férié. C’est une journée pour parler des traumatismes et des conséquences des pensionnats autochtones, de la manière dont cela nous affecte tous, et de l’impact négatif que cela a eu », a-t-il appuyé. Il a ajouté qu’il faut pouvoir « grandir ensemble, aider et sensibiliser les autres Canadiens qui ne sont pas autochtones, afin de veiller à continuer à raconter ces histoires » : « N’oublions jamais, et ne tombons jamais dans le piège de revivre cela. Il s’agit simplement de montrer à quel point les peuples autochtones sont forts et résilients, et comment ils ont réussi à survivre », a-t-il ensuite affirmé.