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le Vendredi 7 mars 2003 0:00 Divers

Les profs marquants

Les profs marquants
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C’est certain que si je m’écoutais, je parlerais encore une m… fois de la température, du temps, du froid sibérien, appelez ça comme vous voudrez. Cependant, n’écoutant que mon bon coeur et mon courage, je vais tenter de vous faire transcender tout ça, ce qui devrait contribuer à m’élever l’esprit à d’autres considérations et à passer par-dessus moi aussi.

Cette introduction étant faite, je passe aux choses sérieuses, ou moins sérieuses, c’est selon. L’école nous a tous marqués. Nous avons tous eu des profs dont nous nous souviendrons toute notre vie : certains parce qu’ils nous ont beaucoup appris, d’autres pour leur sens de l’humour, d’autres encore pour leurs grandes qualités de coeur et d’âme, d’autres enfin, pour leurs défauts, peu importe. J’ai envie de partager quelques souvenirs avec vous. Cela contribuera sans doute à vous faire voyager dans votre propre vie et vous remémorer les enseignants qui vous ont marqué, qui vous ont aidé à orienter votre vie.

Très jeune, j’ai été pensionnaire, car je faisais un cours classique qui n’existait que pour les garçons. Chaque pensionnaire avait une tâche à exécuter après le petit déjeuner, histoire de nous entraîner à la vie. J’avais été nommée assistante sacristaine. Qu’est-ce que ça, me direz-vous, d’un air interrogateur. C’est pourtant assez simple. Il s’agit simplement d’aider le sacristain (une soeur, ne l’occurrence, d’où le sacristaine, mot que j’ai féminisé de mon propre chef). Donc, j’allais aider cette petite religieuse qui, à l’époque qui me concerne, devait avoir dans les quatre-vingts ans avancés. Je l’aidais donc à épousseter la chapelle, à ranger la sacristie, et autres travaux du même acabit. Comme il fallait garder silence dans la chapelle, quand elle m’appelait, elle susurrait : Où est-tu? en faisant ajoutant un ssssssss bien soutenu devant le tu, ce qui provoquait un sifflement du genre ouitsssssssssssssssssssu? À ce son, j’accourrais bien vite. Combien de fois ne me suis-je rendue coupable de sacrilèges, car dans mon ignorance de la chose divine, je replaçais le ciboire dans le tabernacle sans précaution, je vidais le vin consacré dans le lavabo, etc. La pauvre! Elle n’en revenait pas. Moi, elle m’a marquée, cette petite vieille religieuse.

J’ai eu des profs d’une érudition incomparable. Des profs de latin et de grec qui pouvaient traduire ces langues avec une sensibilité et une célérité hors du commun. Pour ma part, je me suis contentée d’apprendre les premiers vers des Catilinaires de Cicéron et, croyez-le ou non, je m’en souviens encore. Ça commence par Usque tandem abutere. Je vous épargne le reste, mais je me souviens de cette religieuse qui s’évertuait à nous dire qu’il fallait traduire par Jusques à quand, le jusque avec un s, grande licence poétique, pourrait-on dire, pour bien faire sonner et faire la liaison avec le à qui suivait et bien prononcer Jusquezàquand. Pour que je puisse me souvenir d’un tel détail, c’est que l’enseignement a bien rentré.

Je me souviens d’un prof de physique et de chimie qui, par inadvertance, avait avalé une gorgée d’acide nitrique en faisant une expérience avec une pipette, et s’était brûlé l’oesophage. Sa voix avait donc un bizarre de son. Mais il nous avait fait part d’une chose dont je me souvient encore et à laquelle je pense chaque fois que j’allume une chandelle : Il y a 108 observations à faire en observant une chandelle qui brûle. Je ne me suis jamais rendue à 108, mais à une bonne cinquantaine. Essayez pour voir. Amusant.

Et cet autre prof de maths qui nous avait mis au défi d’écrire de1 à 1 million. Il allait remettre 1000 $ à quiconque s’acquitterait de ce travail. À l’époque, 1000 $, c’était quelque chose. Pas besoin de vous dire qu’il n’a jamais eu à remettre ce montant. Et si jamais l’un d’entre nous s’est essayé à cette tâche, 10 ans après il devait être encore à écrire des chiffres. Mais ce prof était vraiment excellent et je me souvient encore de lui comme si c’était hier.

À l’université, c’est une autre histoire. Ce ne sont pas tous les profs d’université qui réussissent à faire passer leur matière et à captiver l’attention de leur auditoire. Lorsque je faisais mon bac en traduction, j’ai eu une excellente prof qui non seulement connaissait bien son affaire, mais avait un tel bagou que jamais nous n’aurions manqué ses cours. Elle était d’origine française, et nous racontait sa surprise, quand elle est arrivée au Canada, de voir inscrit dans des vitrines : paire de claques : 2 dollars. Comment? Les Canadiens ne se contentent pas de donner des claques, mais encore les vendent-ils! En effet, en France, quand on parle de claque, on parle de gifles, pas de petites couvre-chaussures pour protéger de la pluie. Et elle en avait encore et encore à nous raconter. Quel plaisir que d’apprendre de ce genre de personnes!

Et il y avait à l’époque un cours qui se donnait à l’Université Laval que tout le monde prenait, peu importe la discipline : il s’agissait du cours La carte du monde. Ce cours divisé en cinq parties regroupait des spécialistes des différentes parties du monde et permettait non seulement de se familiariser avec le monde géographique, mais géopolitique. Le bonheur que d’assister à ce cours. Et une fois terminée, pas question de placer le Sierra Leone en Amérique du Sud ou d’appeler Caracas la capitale de la Bolivie. Bref, cinq profs qui donnait un cours qui attirait autant de monde qu’une bonne pièce de théâtre.

Oui, il y a des profs qu’on ne peut pas oublier. Oui, j’aurais dû appeler ces profs enseignants, quand il s’agissait du secondaire. Oui, je sais que seuls les docteurs peuvent s’appeler profs. Mais prof, ça se dit mieux qu’autre chose, pour les besoins de mon article. Je ne vous ai donné qu’un bref aperçu de toutes ces personnes qui m’ont transmis le goût d’étudier. J’espère que vous en avez eu aussi, de ces personnes, et que vous en aurez encore. C’est si plaisant d’apprendre! [email protected]