le Mardi 30 juin 2026
le Vendredi 31 mars 2006 0:00 Divers

Yellowknife n’est plus ce qu’elle a déjà été!

Yellowknife n’est plus ce qu’elle a déjà été!
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Cette semaine, avec l’arrivée du Caribou Carnival, je ne pouvais m’empêcher de comparer Yellowknife avec ce qu’elle avait déjà été, il y a des années, à mon arrivée (ça fait plus de 15 ans!), et la conclusion est aussitôt venue : cette ville a vraiment changé! Et le plus triste, c’est que ce n’est pas pour le mieux!

Pour ma part, quand je suis venue visiter mon frère, il y a plus de quinze ans, j’ai adoré le Nord et la vie. Mon frère était déjà là depuis plus de 10 ans quand je suis venue le voir. Et j’ai eu le coup de foudre. Il faut dire que je suis arrivée en été, que j’ai descendu la rivière Nahanni, un voyage inoubliable. Ça aide à aimer un coin de pays. Ensuite, je suis venue à Yellowknife, et la ville avait à cette époque un charme fou, un charme irrésistible, pourrais-je dire.

Il fait dire que le Miner’s Mess de l’époque était des plus colorés. Il s’agissait d’un café restaurant, situé là où est située l’entrée du Mall, sur Franklin. Dans ce café, on y retrouvait toutes les couches de la société. On pouvait être assis entre une gang d’ivrognes de la rue (d’ailleurs beaucoup moins nombreux à l’époque) et une couple de ministres, de hauts fonctionnaires, etc. L’atmosphère de ce lieu était tout bonnement incomparable. Pas de snobisme ou de ségrégation au Miner’s Mess. Tout le monde recevait le même accueil.

À cette époque, les gens qui venaient travailler dans le Nord venaient parce qu’ils aimaient la grande nature sauvage, les beaux lacs bourrés de poissons, le camping sauvage, les randonnées en canot, par les journées d’été sans fin.

À cette époque, une fille de la rue, Margaret, était à la tête des ivrognes de la rue, et ils l’obéissaient au doigt et à l’oeil. Elle leur faisait nettoyer la rue, près du bureau de poste. Et ils avaient affaire à l’écouter. Le désordre de la rue était organisé. Difficile à croire? Parlez-en à d’autres.

Et est arrivé un drame, le drame de Yellowknife : la grève de Giant, avec Mis Piggy, une certaine Peggy White, une américaine propriétaire de la mine qui avait pris de mauvaises décisions. Il y a eu grève, et neuf personnes ont été tuées, par de la dynamite placée dans des endroits stratégiques, à l’intérieur. Le drame que ce fut, c’est difficile à décrire. Il y a eu des scabs embauchés, les batailles éclataient à tout bout de champ, des maisons ont été vandalisées : on y écrivait en énormes lettres rouges SCABS. La ville a alors perdu un peu de son âme.

Et des diamants ont été découverts. Du jours au lendemain, des personnes se sont retrouvées millionnaires. La fièvre de l’exploration minière s’est alors emparée de la ville et de ses environs. Et c’est alors que plus que jamais, des chercheurs d’or moderne ont commencé à déambuler dans les rues de la ville. Les diamants ont commencé à attirer de la racaille. De plus en plus de gens sont venus dans le Nord non parce qu’ils aimaient la grande nature, mais attirés par l’argent gagné plus facilement.

Je suis attachée à cette ville, sinon je n’y serais pas restée pendant une quinzaine d’années. Mais mon attachement ne peut pas m’empêcher de voir les changements survenus, des changements qui sont loin d’être tous positifs. Vous avez peut-être déjà entendu parler de l’impact du développement qui se produit dans le Nord? Sinon, vous venez de le faire, et souvenez-vous-en, car c’est en plein ce que connaît Yellowknife, depuis quelques années, et les choses ne vont pas nécessairement en s’améliorant. Et dire que l’on colle le nom de progrès à ce qui est en train de se produire. Si c’est ça le progrès, on peut s’en passer.

Je suis un peu désabusée de voir la ville changer à un rythme fou, sans trop de planification, de voir les grosses cabanes habitées par de grosses légumes à grosse tête, souvent des laideurs (je parle des maisons) qui coûtent un bras.

Je suis un peu tannée de voir les tit-jos connaissants qui pensent que leur petite personne va avoir un salaire faramineux du seul fait d’être venu dans le Nord.

Mais j’ai aussi peur pour Yellowknife, ma ville d’adoption. J’ai peur que le peu d’esprit du Nord qui perdure disparaisse à jamais, victime de l’arrivée en vrac de tant de personnes attirées uniquement par l’appât du gain.

J’ai vu la ville changer pour le pire. Espérons que le processus va s’inverser. Et soyez assurés que je n’ai pas raconté cette histoire avec l’esprit du bon vieux temps. Loin de moi cette idée! J’ai simplement constaté les faits, et j’ai voulu partager ça avec vous. Vous en prenez ce que vous voulez! J’espère que vous avez quand même profité de la belle température et de la tire sur la neige. Après tout, le carnaval, ça arrive rien qu’une fois par année, comme le jour de l’An.