le Lundi 29 juin 2026
le Lundi 29 juin 2026 7:12 Actualités

Yellowknife : la haine en ligne au cœur du débat municipal

Le conseiller municipal Garett Cochrane a livré l’intervention la plus personnelle du débat, en parlant de la haine en ligne vécue comme homme homosexuel.  — Photo Cristiano Pereira
Le conseiller municipal Garett Cochrane a livré l’intervention la plus personnelle du débat, en parlant de la haine en ligne vécue comme homme homosexuel.
Photo Cristiano Pereira

Après des propos hostiles liés au Mois de la Fierté, la Ville de Yellowknife envisage de revoir l’usage de ses plateformes numériques. Au conseil municipal, le débat a opposé la protection des personnes ciblées à la nécessité de préserver l’accès citoyen.

Yellowknife : la haine en ligne au cœur du débat municipal
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Le conseil municipal a discuté, le 17 juin dernier, d’une motion visant à désactiver les commentaires sur les réseaux sociaux officiels de la Ville. Le texte, présenté par le maire Ben Hendriksen, arrive dans un contexte tendu. La Ville avait récemment restreint les commentaires sous certaines publications, notamment celles liées au Mois de la Fierté et au changement de nom de l’avenue Franklin en Wıìlıìdeh. Séparément, la GRC a ouvert une enquête après la publication de commentaires homophobes et transphobes dans un groupe Facebook local.

Refuser d’amplifier la haine

Ben Hendriksen a soutenu que les réseaux sociaux sont conçus pour amplifier l’engagement, sans tenir compte des conséquences pour les personnes visées hors ligne. La Ville, a-t-il insisté, continuerait d’utiliser ses comptes officiels pour transmettre de l’information. Les résident.e.s pourraient toujours écrire aux élu.e.s, communiquer avec l’administration, envoyer des messages privés ou s’exprimer ailleurs. Mais la municipalité ne fournirait plus l’espace où des propos haineux peuvent s’accumuler sous ses propres publications.

Garett Cochrane, la parole la plus personnelle

Le moment le plus marquant du débat est venu du conseiller Garett Cochrane. En appuyant la motion, et en tant qu’homme homosexuel, M. Cochrane a raconté avoir été visé en ligne par « tous les termes désobligeants et synonymes de “fairy” qu’on peut imaginer », ajoutant qu’on apprend alors assez vite à « se faire une carapace ».

Il a dénoncé la violence verbale et « l’ignorance cruelle » visant des membres de la communauté. Il a aussi dit trouver « étrange » qu’une personne puisse nourrir une telle haine envers un inconnu « pour quelque chose d’aussi arbitraire que la personne qu’il choisit d’aimer ».

Le conseiller a reconnu que chacun.e demeure libre d’exprimer ses opinions, dans les limites de la loi, ailleurs que sur les plateformes municipales. Mais il a rejeté l’idée que les comptes de la Ville, utilisés pour informer les familles des horaires de la piscine ou des activités municipales, doivent devenir un forum où des commentaires haineux peuvent être publiés.

Entre ouverture et modération

Plusieurs élu.e.s ont dit partager l’objectif de réduire la place laissée aux propos haineux, sans pour autant vouloir couper un canal devenu familier pour une partie du public. Ryan Fequet a appuyé le principe de la motion, tout en rappelant que les élus ont besoin d’entendre les citoyens pour faire leur travail. Cat McGurk a aussi reconnu le risque de laisser les plateformes municipales servir de vitrine à la haine, mais a prévenu qu’une fermeture des commentaires ne ferait pas disparaitre ces voix et pourrait même repousser certain.e.s résident.e.s hors des espaces publics.

D’autres ont plaidé pour une réponse moins radicale. Steve Payne a estimé que la Ville pourrait d’abord mieux utiliser les outils de modération disponibles, notamment en bannissant les utilisateurs abusifs. Rob Foote a, lui aussi, appelé à la prudence, en soulignant que plusieurs résident.e.s ont déjà l’impression de ne pas obtenir de réponse lorsqu’ils utilisent les canaux plus traditionnels.

À l’inverse, Tom McLennan et Rob Warburton se sont montrés plus favorables à la motion. Pour eux, les commentaires Facebook ne sont pas la seule manière de parler à la Ville. Le problème, ont-ils fait valoir, est que ces plateformes ne sont pas conçues pour favoriser un débat public serein, mais pour produire de l’engagement, et très souvent à travers la controverse.

La motion, qui devrait être soumise au vote lors d’une prochaine réunion du conseil, prévoit que l’administration développe des méthodes alternatives, accessibles et transparentes pour permettre aux résidents de communiquer avec la Ville.