le Vendredi 16 octobre 2026
le Vendredi 31 octobre 2008 0:00 Divers

Hay River: Défis aquatiques

Hay River: Défis aquatiques
00:00 00:00

Il est arrivé de Montréal il y a trois semaines. Et déjà les affichettes proposant des cours de natation en français décorent les vitrines de la ville. Daniel Igaz s’attend à avoir un gros boum des inscriptions dès le mois de décembre. Il sait que la plupart des parents ont déjà inscrit leurs enfants pour la session de novembre, mais il reçoit déjà de nombreuses demandes parentales pour qu’il fasse les cours en français aux petits nageurs alors même que ces cours devraient se dérouler officiellement en anglais.

L’idée de ces leçons de natation émane de la direction de la piscine. Lorsque le curriculum vitae est arrivé, la gérante a vu qu’elle avait affaire avec un Québécois bilingue et elle a rapidement proposé au nouvel employé de faire des cours en français. « Elle m’en a parlé au téléphone avant que j’arrive et j’ai accepté », explique le sauveteur. L’accent de Daniel Igaz est indéfinissable. Il a grandi en milieu bilingue. Il a intégré une école primaire en français puis le secondaire en anglais. Son grand-père est d’origine hongroise, son père est anglophone et sa mère canadienne-française. Ajoutons une pincée de multiculturalisme qui a baigné ses années de vie urbaine et l’image d’un Québécois pluriculturel se reflète dans les dégradés nuancés d’un accent aux multiples tonalités.

Daniel Igaz est sauveteur moniteur depuis cinq ans et nage depuis sa plus tendre enfance. Il est grand, il a 20 ans et il quitte le toit familial pour la première fois. 5 000 kilomètres d’une traite ! Y en a qui vont moins loin pour un premier départ, mais lui il voulait le Nord, le Grand Nord, il voulait toucher du doigt l’image qu’il en avait, « une grande forêt verte et blanche, des animaux partout. Quand j’ai annoncé mon idée à ma famille, ils m’ont souhaité bonne chance, ils m’ont dit que c’était super cool ce que je faisais et aussi que je suis fou à la masse. C’était super épeurant, mais super intéressant » dit-il en souriant. En trois semaines, Hay River est devenue la place qui lui va bien. « Maintenant, c’est l’endroit où je vis, le lieu où je me sens confortable. Il y a ce que j’imaginais avant, la forêt tout autour, avec en plus mon travail et mon appartement. » Pour venir ici il a pris l’avion pour la première fois et son regard brille encore de l’émotion intense qu’il a ressentie lors de ce vol.

« Ce voyage, finalement, ce n’était pas planifié du tout, explique-t-il. Dans la vie, tes premières 20 années, tout est planifié, tout est tracé tout droit, depuis l’école jusqu’à l’université. Tous mes amis ont fait ça et ils n’aiment pas vivre à Montréal. Et moi je ne voulais absolument pas vivre dans Montréal. » Fuir la ville, d’accord, mais pour aller où ? « Je voulais le Nord alors j’ai cherché toutes les piscines dans le Nord du Canada. J’ai vu les photos de la piscine. Je l’ai trouvée belle, propre, je sentais une sorte de fierté d’avoir une piscine comme ça ici, cela m’a donné envie de m’investir et de venir y travailler. »

En moins d’un mois, le nouveau maître nageur a pris ses marques. Seul francophone du groupe, il se sent reconnu et apprécié au sein de l’équipe. Outre la surveillance, il donne des cours de natation et de gymnastique aquatique. D’autres projets vont prendre forme dans les mois à venir, avec des séances de water-polo et peut-être de yoga aquatique.