le Samedi 13 juin 2026
le Lundi 8 juin 2026 8:25 Politique

TNO : cinq moments à retenir de l’Assemblée législative

Les députés des Territoires du Nord-Ouest ont abordé plusieurs dossiers sensibles lors des derniers travaux de l’Assemblée législative, notamment l’éducation, les services à l’enfance, l’usage des téléphones dans les écoles et les priorités économiques du territoire. — Photo Cristiano Pereira
Les députés des Territoires du Nord-Ouest ont abordé plusieurs dossiers sensibles lors des derniers travaux de l’Assemblée législative, notamment l’éducation, les services à l’enfance, l’usage des téléphones dans les écoles et les priorités économiques du territoire.
Photo Cristiano Pereira

De l’éducation à la protection de l’enfance, les députés ont profité des derniers jours de travaux à l’Assemblée législative pour interpeler les ministres sur plusieurs dossiers sensibles. Les échanges ont aussi fait ressortir une question récurrente : jusqu’où va la responsabilité ministérielle dans un système où plusieurs décisions relèvent d’organismes décentralisés ?

TNO : cinq moments à retenir de l’Assemblée législative
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  • 1. Inuvik : le recul de l’immersion française

L’avenir de l’immersion française à Inuvik s’est imposé comme l’un des enjeux en éducation, après que le député d’Inuvik Boot Lake, Denny Rodgers, a dénoncé les compressions récentes dans le programme et la mise à pied de 13 éducateurs dans la collectivité.

Dans sa déclaration de député, M. Rodgers a soutenu que cette perte ne peut pas être vue comme un simple ajustement de personnel. Dans une communauté d’environ 3300 personnes, a-t-il rappelé, les enseignants sont aussi des entraineurs, des mentors et des bénévoles. « Perdre 13 éducateurs, ce n’est pas seulement une statistique ; cela représente une perte importante pour nos élèves, nos familles et l’ensemble de la communauté », a-t-il déclaré.

Le député a aussi remis en question l’idée selon laquelle les changements au financement lié au principe de Jordan seraient à eux seuls responsables des mises à pied, rappelant que l’immersion française existe à Inuvik depuis de nombreuses années. Il a également demandé comment est utilisé le financement fédéral reçu par le gouvernement territorial pour l’éducation en français.

La ministre de l’Éducation, de la Culture et de la Formation, Caitlin Cleveland, a indiqué qu’environ 1,8 million de dollars est versé aux organismes scolaires pour les programmes de français langue seconde. Elle a toutefois précisé que ces fonds ne sont pas rattachés à un modèle particulier. « Cela ne doit pas nécessairement être de l’immersion française », a-t-elle expliqué.

L’échange a rapidement dépassé le seul cas d’Inuvik. M. Rodgers a demandé s’il fallait revoir la législation encadrant les organismes scolaires, tandis que Mme Cleveland a reconnu les limites de l’autorité ministérielle dans un système décentralisé. Elle a indiqué que la gouvernance sera un sujet important dans la modernisation de la Loi sur l’éducation.

  • 2. Cellulaires à l’école : jusqu’où aller ?

L’utilisation des téléphones cellulaires dans les écoles est aussi revenue sur le parquet de l’Assemblée législative, alors que des députés ont demandé jusqu’où le gouvernement territorial peut aller pour limiter les appareils personnels en classe.

La députée de Yellowknife North, Shauna Morgan, a ouvert la discussion en affirmant que les smartphones sont devenus une préoccupation sérieuse pour la santé, l’apprentissage et le développement social des élèves. Elle a plaidé pour des politiques cohérentes, strictes et applicables dans l’ensemble du territoire, plutôt que de laisser les enseignants agir comme des « policiers du téléphone à temps plein ».

Pendant la période des questions, Mme Morgan a demandé ce que fait le ministère pour accélérer l’adoption de politiques d’écoles sans téléphone. Mme Cleveland a répondu que le ministère prépare des lignes directrices territoriales prévoyant de fortes restrictions « de la cloche du matin à la cloche de fin de journée ». Ces lignes directrices sont en cours d’examen par les organismes scolaires et devraient être finalisées au cours de l’été, afin que les écoles puissent adopter des politiques locales dès septembre.

Mme Morgan a ensuite demandé de quels pouvoirs dispose la ministre pour faire appliquer ces règles. Mme Cleveland a répondu que les politiques au niveau des écoles demeurent la responsabilité des organismes scolaires. Pour donner plus de force juridique à une interdiction des téléphones, le gouvernement devrait modifier le règlement sur les écoles sécuritaires.

Le député de Yellowknife Centre, Robert Hawkins, a lui aussi demandé si des lignes directrices seraient suffisantes. Mme Cleveland a reconnu que, sans règlement, elle ne peut pas imposer une interdiction territoriale dans le système d’éducation décentralisé des TNO.

Denny Rodgers, député d’Inuvik Boot Lake, a interpelé la ministre de l’Éducation sur les compressions dans le programme d’immersion française à Inuvik et la mise à pied de 13 éducateurs.

Photo Cristiano Pereira

Perdre 13 éducateurs, ce n’est pas seulement une statistique.

— Denny Rodgers, député d’Inuvik Boot Lake
  • 3. Services à l’enfance : rapport accablant

Le plus récent rapport de la vérificatrice générale du Canada sur les services à l’enfance et à la famille aux Territoires du Nord-Ouest a donné lieu à certains des échanges les plus tendus de la semaine.

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Lesa Semmler, a indiqué que le GTNO accepte les quatre recommandations du rapport, tout en insistant sur le fait que les conclusions relèvent de « défis systémiques » plutôt que d’un manque d’engagement de la part des travailleurs de première ligne. « Ce rapport ne porte pas sur des travailleurs individuels ni sur un manque de soin ou d’engagement », a-t-elle déclaré.

Plusieurs députés ont toutefois soutenu que les conclusions révèlent des problèmes qui persistent depuis trop longtemps. Le député de Range Lake, Kieron Testart, a rappelé que les services à l’enfance et à la famille ont été audités trois fois depuis 2014. Il a notamment cité le fait que 33 % des signalements urgents de mauvais traitements n’ont pas été évalués dans les délais prévus et que 71 % des enquêtes à risque élevé ont dépassé les échéances.

« Ce n’est pas ce que j’attendais de cette ministre de la Santé et des Services sociaux », a déclaré M. Testart, qui a ensuite demandé à Mme Semmler si elle allait démissionner. « Non, je ne démissionnerai pas », lui a-t-elle répondu.

M. Hawkins a décrit le rapport comme « un acte d’accusation accablant » et a soutenu que l’enjeu dépasse la simple bureaucratie. Il a demandé comment le gouvernement peut justifier le non-respect d’échéances légales pour des enfants qui pourraient être à risque, affirmant : « Vous ne pouvez pas balayer cela comme une simple erreur ou un problème informatique. »

La députée de Deh Cho, Sheryl Yakeleya, a pour sa part insisté sur l’impact du système sur les enfants autochtones, rappelant que 98 % des enfants recevant des services sont autochtones. « Nos enfants méritent d’être protégés dans la pratique, pas seulement dans les politiques », a-t-elle dit.

  • 4. Le premier ministre mise sur l’optimisme

Le premier ministre R.J. Simpson a ouvert la séance en présentant une vision optimiste de l’avenir des Territoires du Nord-Ouest. Selon lui, le territoire entre dans une « période d’occasions », alors que le Canada et d’autres pays tournent leur regard vers le Nord pour la défense, les minéraux critiques, les chaines d’approvisionnement, la recherche arctique et les infrastructures.

M. Simpson a déclaré que le rôle du GTNO est de faire en sorte que cette attention se traduise par des retombées durables pour les résidents du Nord, notamment des collectivités plus fortes, de meilleures infrastructures, des emplois et des occasions pour les jeunes de demeurer dans le territoire.

Le premier ministre a aussi souligné les progrès réalisés en logement, indiquant que Habitation TNO a terminé 96 nouveaux logements sociaux depuis le début de la 20e Assemblée, tandis que 180 autres sont en construction et 84 en planification ou en approvisionnement.

  • 5. Hommage à Rock Matte

L’Assemblée législative a aussi pris un moment pour souligner la mémoire de Rock Matte, une figure importante pour plusieurs francophones de Fort Simpson. Le président de l’Assemblée, Shane Thompson, a rappelé que M. Matte est décédé le 7 mai 2026, à Montréal, à l’âge de 67 ans. Né à La Sarre, au Québec, il avait notamment vécu à Ottawa, Winnipeg et Fort Simpson, où il s’est installé avec sa famille en 2005. Membre du Barreau des Territoires du Nord-Ouest de 2007 à 2017, il a marqué son entourage par sa curiosité, son indépendance et son engagement intellectuel. M. Thompson a décrit un homme animé par une grande connaissance de l’histoire, de la politique et des enjeux sociaux autochtones. Selon les souvenirs partagés par ses proches, Rock Matte laisse l’image d’un homme de conversation, parfois controversé, mais profondément attaché à sa famille et à ceux qui l’entouraient. « Rock Matte laisse derrière lui un héritage d’intelligence, d’indépendance et d’amour », a déclaré M. Thompson.