La Querelle des Bouffons n’est pas un évènement représentatif de l’évolution idéologique et scientifique des institutions qui se sont structurées pour codifier des règles linguistiques, phonétiques ou tonales de la langue française et de la langue italienne. Les réflexions sur les propriétés acoustiques des deux langues que Jean-Jacques Rousseau réalise tout au long de sa vie sont d’un ordre philosophique, centrées sur la mélodie, entendue comme un ensemble de relations acoustiques. Son intervention dans la Querelle des Bouffons est occasionnelle, reliée à des arguments entre partisans et opposants à la présentation d’œuvres étrangères (dans ce cas, de style italien), qui fragilisaient la mise en scène des œuvres dramatiques musicales francophones locales. Elle s’inscrit notamment dans le contexte de la présentation des intermezzi promus par Eustachio Bambini dans une institution sous l’égide de l’Académie royale de musique de Paris.
L’histoire des relations entre les institutions qui structurent les normes d’usage de la langue et de la musique en France et en Italie se confond avec les développements de l’usage littéraire des langues française et italienne, qui remontent aux premières expressions poétiques et littéraires de ces langues. En France, la convergence des vocabulaires du latin vulgaire et des langues gallo-romanes matérialise l’une des premières œuvres littéraires complexes écrites en français : La Chanson de Roland, qui, dans la version du manuscrit d’Oxford du XIIe siècle, est composée d’environ quatre mille vers. À cela s’ajoute la versification en langue d’oïl par les trouvères et en langue d’oc par les troubadours. Le premier dictionnaire de français est probablement le Thrésor de la langue françoyse, édité par Jean Nicot en 1606.
La langue italienne est née de la convergence de plusieurs langues qui se sont développées dans la péninsule italienne, en Sicile et en Sardaigne, en interaction avec le latin. Langue parlée dans le Latium romain, le latin a pris des caractères écrits issus notamment de la langue étrusque (utilisée au nord de l’Italie), afin de constituer son alphabet, lui-même influencé par le modèle de l’alphabet grec, élaboré au IXe siècle av. J.-C. Le latin devient la langue administrative de l’Empire romain ; il constitue également la langue liturgique et biblique de la religion catholique, ainsi que celle des savoirs philosophiques et scientifiques transmis dans les académies scolastiques, où le trivium et le quadrivium étaient enseignés en Europe.
