On rappelle qu’aux débuts de la Renaissance, la langue italienne n’existait pas en tant que telle, car la péninsule italienne et ses iles étaient divisées politiquement en États de l’Église catholique, républiques marchandes et royaumes ; la plupart possédaient leurs propres langues vernaculaires, mêlées au latin. Dans ce contexte, il est vrai que c’est en Sicile que, sous l’influence de la langue occitane parlée, chantée et écrite en vers par les troubadours, apparaissent les premiers textes en vulgaire sicilien au XIIIe siècle. Toutefois, c’est au Trecento que la structure fondamentale de la langue italienne commence à se construire à partir des œuvres majeures de Dante Alighieri (La Divine Comédie) et de Francesco Petrarca (Canzoniere), écrites en langue vulgaire florentine. Elle s’affirme ensuite avec les écrits en vulgaire florentin de Giovanni Boccaccio (qui écrit aussi en latin).
Giovanni Boccaccio (1313-1375) nait à Florence, mais il passe sa jeunesse à Naples entre 1327 et 1340, en participant à la vie politique et en écrivant des œuvres en latin. En 1340, il rentre à Florence et rencontre Pétrarque, qui exercera une forte influence sur ses écrits futurs. Son œuvre la plus importante pour la structuration de la langue italienne est le Décaméron (livre des dix jours), écrit en vulgaire florentin. Elle est composée de cent nouvelles inspirées de la vie quotidienne à Florence. La différence et l’importance de ce livre par rapport à La Divine Comédie de Dante Alighieri et au Canzoniere de Francesco Petrarca résident dans le fait qu’il est écrit en prose et non en vers, et que les chaines sémantiques du vocabulaire qu’il utilise pour décrire les actions sont directement liées à la vie quotidienne des Florentins.
L’œuvre nait lorsque Boccaccio s’échappe des ravages de la peste noire qui frappe Florence en 1348, en compagnie de sept jeunes femmes de l’aristocratie florentine qu’il avait rencontrées à l’église Santa Maria Novella. Durant les jours qu’ils passent ensemble, ils organisent leurs soirées en racontant des histoires à tour de rôle, procédé que Boccaccio reprend pour structurer les récits du Décaméron.
Après la peste noire, Florence réorganise ses associations marchandes et culturelles et devient un centre majeur de rayonnement dans la structuration de la langue italienne, ainsi qu’une ville phare du développement culturel européen, notamment dans les domaines du ballet et de l’opéra.
