le Mardi 23 juin 2026
le Vendredi 30 avril 2004 0:00 Divers

Si t’es pas contente, ben reste donc chez vous!

Si t’es pas contente, ben reste donc chez vous!
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De retour de mon repos bien mérité, du moins à mon sens, je me permettrai, cette semaine, de réfléchir un peu avec vous sur des observations et des pensées que j’ai eues sur le bord de la plage, là-bas, dans les îles exotiques de l’Atlantique.

Encore une fois, le fait d’être seule m’a dérangée et pas. Cela me permet de rencontrer des gens que tu ne rencontres pas nécessairement quand on est deux et surtout, ça me permet d’observer le comportement humain dans sa nudité plus ou moins intégrale (je plaisante, car ce n’est pas une plage de nudistes, mais je vous jure qu’il y en a qui aimeraient bien, car les vêtements portés ne sont pas très épais et n’en couvrent pas gros, mais c’est là un autre sujet dont au traitera dans Psycho 102).

Donc, je me suis adonnée à mes trois activités favorites sur la plage : l’étenderie sur une chaise, la lecture et la troisième activité, et non la moindre, l’observation du zoo humain.

Chose qui saute aux yeux très rapidement, les Allemands voyagent en groupe serré, souvent la famille élargie, et ne se laissent pas d’un poil. Ils parlent extrêmement fort et accaparent le territoire qui, selon eux, ils ont acheté en même temps que leur forfait. Malheur à vous si vous dépassez le périmètre imaginaire qu’ils se sont fixé et qui, selon eux bien sûr, ne doit pas être franchi, surtout pas par quelqu’un qui n’est pas de la même origine qu’eux. Alors vous n’avez qu’à bien vous tenir.

Les Italiens sont très bruyants, crient après leurs bambinis, et surtout, viennent par leurs propres moyens, louent des villas dans le coin, voulant ainsi épargner, et viennent occuper les installations des hôtels environnants : chaises, meilleurs endroits ombragés, etc. Comment on le sait. Ils n’ont pas de bracelet d’hôtel au poignet, car pour ceux d’entre vous qui ne sont jamais allés dans des forfaits tout compris, on vous met un bracelet au poignet, ce qui identifie votre hôtel, et ce qui empêche de vous demander une identité quelconque quand vous allez manger, au bar, etc. Donc, les Italiens viennent prendre le meilleur coin et s’ils vous dérangent, à vous de changer de place, même si en principe, ils n’ont pas le droit d’utiliser les installations pour lesquelles, vous avez payé, vous.

Et puis il y a les Français, qui ne voyagent pas en tribu, mais qui ont toujours quelque vérité à apprendre à leurs enfants, sur un ton à peu près six fois plus élevé que nous, ce qui fait qu’on dirait toujours qu’ils crient et qu’ils sont fâchés, ce qui n’est pas loin de la vérité.

Et puis il y a les Canadiens anglais et les Québécois qui, somme toute, affichent un comportement un peu semblable : plutôt discret. Oui, à l’occasion, ce comportement devient un peu… colon, mais ils ne sont pas trop bruyants, ne crient pas après leurs enfants. Vous voyez, on a des similitudes entre nos deux solitudes. Et autre observation qui m’a plutôt surprise et qui va peut-être vous surprendre aussi : nos amis du Sud, les États-Uniens, ne sont pas si mal que ça dans ce concert des Nations, et même plutôt discrets par rapport à d’autres, contrairement à ce qu’on s’attendrait.

Quelle chauvinisme, pensez-vous? Pas tant que ça. Enfin bref, je m’imaginais appeler mon agente de voyage et lui dire : « Tu m’envoies dans un endroit où il n’y a pas de Français, pas d’Allemands, pas d’etc. » Et je l’ai entendue me répondre dans mon for intérieur : « Tu devrais peut-être rester chez vous! Comme ça, tu serais bien certaine de ne rencontrer personne qui te dérangerait. » Un peu de patience et de tolérance, que je me suis dit. Mais bon, un grand cri demeure un grand cri, surtout s’il est poussé en pleine nuit, pendant qu’on dort et qu’il nous tire des bras de Morphée un peu précipitamment.

Et lors de mes observations, j’ai pu constater que les tatouages, piercings, petites tresses y allaient toujours bon train. Plus les jours avançaient, plus les gens s’uniformisaient, tranquillement, pas vite. Je faisais plutôt piètre figure, à l’ombre sous mon palmier, sans tatouages, tresses ou autres choses du genre Mais bon, il faut ce qu’il faut. Quand j’ai acheté mon billet d’avion, il n’était pas dit qu’il fallait que je tente par tous les moyens de me confondre en devenant un clone. Donc, je me faisais décocher de petits regards voulant dire : Sors de ton ombre, mais j’ai résisté envers et contre tous, comme toujours.

La mer est une telle thérapie, un tel baume sur l’âme, que point n’est besoin de rôtir comme un dindon pour s’y trouver belle. Surtout par les temps qui courent, et en sachant ce qu’on sait : le soleil, qu’on le veille ou pas, c’est dangereux. Non seulement le soleil c’est dangereux, mais ça fait vieillir avant le temps. Vous ne me croyez pas? Vous ne vous souvenez pas d’avoir vu de vieilles grébiches qui revenaient de Florida et qui étaient tellement plissées par le soleil qu’on avait peine à voir leurs yeux à travers les rides bien profondes qu’elles affichaient. Eh bien moi je m’en souviens! Je m’en souviens tellement que ça ne m’arrivera pas. Et le peu de bronzage que j’ai attrapé, c’est à l’ombre de mon palmier que je l’ai fait.

Et les jours se sont ainsi déroulés, entre un bon livre, l’observation de la faune humaine et de la mer, un copieux repas et un sommeil sur bruit de fonds de grillons. Et ça fait du bien. Et ça repose. Et ça permet d’oublier un peu l’hiver. Et ne vous inquiétez pas, j’ai connu des gens de tous les pays et je sous bien consciente, tout comme vous d’ailleurs, qu’il ne faut pas juger de tout un pays par quelques individus qui n’ont pas vraiment appris à vivre. Ce qui fait l’intérêt, c’est la différence. Ce qui ouvre les œillères, c’est d’accepter la différence. Là-dessus, je vous souhaite un bon printemps tardif.