le Samedi 11 juillet 2026
le Dimanche 10 mai 2026 8:29 Trésor de la musique classique

De la Philosophie des Lumières au Modernisme 1

Au siècle des Lumières, Rousseau influence peu la théorie musicale sur le plan scientifique, mais marque les esprits par la force rhétorique de ses idées. En opposition implicite à Rameau et aux institutions, il défend une vision où la liberté créatrice s’oppose aux contraintes normatives.

De la Philosophie des Lumières au Modernisme 1
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Au siècle des Lumières en Europe, l’influence de Jean-Jacques Rousseau sur l’évolution des paradigmes scientifiques de la théorie musicale (en ce qui concerne les systèmes d’écriture) est minimale. En ce qui concerne le développement de la théorie musicale, ses idées fondamentales ont la faiblesse de rigueur des énoncés déclaratifs dans leur relation aux faits. Ses énoncés sont de l’ordre interprétatif. La force de ses postulats, de ses analyses philosophiques et de ses inférences est qu’ils sont construits avec une brillante poésie, d’éloquence et une maitrise des règles et figures de style de la rhétorique, polarisées de manière non explicite contre Jean-Philippe Rameau et l’Académie royale de musique.

L’aigreur de Rousseau pour Rameau nait en 1744 dans des discussions dans lesquelles Rameau, qui venait de présenter son Projet concernant de nouveaux signes pour la musique (qui avait été refusé par l’Académie des sciences) et repris dans sa publication Dissertation sur la musique moderne, est critiqué sévèrement. En fait, Jean-Philippe Rameau est un compositeur et maitre de composition des œuvres polyphoniques respecté et admiré dans le milieu professionnel de la musique classique d’avant-garde. Déjà, en 1722, il avait publié son Traité de l’harmonie réduite à ses principes naturels. Rameau était l’un des membres les plus influents de l’Académie royale de musique, attachée à l’Académie française, institution qui avait été fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu, affirmée par Jules Mazarin et qui avait comme mission principale la détermination des formes du vocabulaire français, la standardisation de leurs significations par l’élaboration de dictionnaires et, dans la période du classicisme français, la structuration de règles pour l’usage écrit de la langue française dans les arts, ainsi que l’établissement de règles pour les compositions dramatiques, telles que la règle des trois unités pour la narration dramatique : l’unité d’action, de temps et de lieu. Institution qui régit, durant le classicisme français, les arts au profit d’une « purification » et d’une mise en valeur de la langue française, période dans laquelle Racine et Molière sont les principales figures.

Jean-Jacques Rousseau avait comme postulat fondamental que l’être humain nait libre et que les institutions sociales emprisonnent sa créativité à travers leurs structures normatives. Postulat à la base de l’argumentaire de Rousseau contre Jean-Philippe Rameau et l’Académie royale de musique, mais postulat qui offre une assise fondamentale aux philosophes des arts et de la musique classique des avant-gardes du classicisme français et viennois.